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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/204

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

Alors un péril nouveau se dessina au Nord. Les Valois disposaient de l’Écosse car le Dauphin avait épousé Marie Stuart qui était à la fois reine d’Écosse et prétendante au trône d’Élisabeth ; et voici que la mort d’Henri ii la fit prématurément reine de France au moment où une alliance venait de rapprocher la France et l’Espagne. Précisément en Écosse, il existait un parti qui s’appuyait sur la Réforme pour résister à l’influence française. Élisabeth en était l’alliée naturelle. Dès lors la guerre avec la France devint imminente. Or le 15 mars 1560 éclata la conjuration d’Ambroise et, quelques mois plus tard, François ii mourut sans enfants.

À peine cette menace écartée, s’en dressa une autre moins précise mais plus générale. Élisabeth ne se prononçait pas en matière de religion ; en toutes choses, elle temporisait. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1570, que Pie v s’alarmant de ne pouvoir ramener cette brebis égarée prononcerait l’excommunication. En attendant, la reine se compromettait par l’appui prêté à la Réforme ; grâce à elle, le protestantisme en Angleterre s’étendait et se raffermissait. À ce moment même, le catholicisme reprenait l’offensive sur le continent. Le concile de Trente terminait ses travaux. Beaucoup de bons catholiques déplorent aujourd’hui l’œuvre de ce concile. On comprend néanmoins qu’elle dut exercer sur les contemporains une influence considérable et bénéficier d’un énorme prestige. C’était, après tout, une réforme radicale et sincère restituant à la papauté son caractère religieux et susceptible, par la suppression des abus, de renforcer singulièrement la puissance de l’Église. Le protestantisme perdait ainsi une part de sa raison d’être — occasionnelle sinon essentielle. Aussi bien, la lutte en France ne semblait pas devoir tourner à son profit. L’Allemagne était en proie à des querelles intestines entre calvinistes et luthéniens, querelles qui devaient bientôt amener l’empereur Maximilien ii à se rapprocher de Rome. Aux Pays-Bas, la résistance était âpre mais la puissante Espagne ne finirait-elle pas par l’emporter ? Enfin, Marie Stuart rentrée en Écosse était libre de disposer de sa main et plus inféodée que jamais à la cause catholique.

Marie Stuart n’épousa pas un prince étranger mais elle épousa Darnley qui descendait des Tudors et lui donna aussitôt un fils ; sur sa rivale elle posséda désormais l’énorme avantage d’avoir un successeur légitime… Il devait advenir pourtant cette chose si