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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/163

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À TRAVERS LA SUISSE MODERNE

cesse de pondre si on ne la ménage pas ». Les Suisses entendront-ils cet avis de leur illustre concitoyen ? L’établissement de la progression a déjà provoqué des odyssées de quelque importance d’un canton à l’autre ; si, par l’adhésion de tous les cantons ou par quelque accroissement des prérogatives fédérales, l’unité fiscale se réalisait, l’odyssée ne prendrait elle pas des proportions inquiétantes et la ruine ne menacerait-elle pas ceux qui resteraient ? Les conséquences financières du radicalisme ne sont pas absolument rassurantes ; l’augmentation de la dette publique a été très rapide ; les villes suisses de plus de 2 000 âmes ont une dette qui dépasse 300 millions ; les cantons se trouvent dans le même cas ; quant à la dette de la Confédération, le rachat des cinq principales lignes de chemins de fer, décidé en 1898, va la porter bien au delà d’un milliard. Les dépenses budgétaires de la Confédération et celles de certains cantons ont doublé en dix ans…

Autre question : qu’adviendra-t-il du Conseil fédéral ? Il constitue, en réalité, un directoire exécutif et le seul gouvernement impersonnel qui existe aujourd’hui dans le monde. Depuis les beaux jours de la République romaine, aucune tentative de ce genre n’avait réussi. Il n’est pas certain que le succès de celle-ci soit durable. Au sein du directoire suisse, une évolution curieuse à observer s’opère. Les sept membres du Conseil fédéral élus pour trois ans et rééligibles sont, en fait, réélus et leur prestige s’accroît par suite de cette stabilité inattendue ; d’autre part la pratique du référendum a considérablement diminué le rôle de l’Assemblée et accru celui du Conseil ; il ne faut pas être grand prophète pour prévoir que les choses ne sauraient en rester là ; une rivalité naîtra qui ira s’exaspérant. Si l’Assemblée ne parvient pas à réoccuper ses positions, plutôt que d’abdiquer, elle pourrait fort bien transformer en quelque chose de fort et d’agissant cette présidence de la République qui n’est aujourd’hui qu’un vain titre porté à tour de rôle par chacun des membres du Conseil fédéral.

Voilà quelques-uns des problèmes de « policulture » qui légitiment le nom de jardin d’essai de l’Europe donné à la Suisse moderne. Il y en a d’autres encore dans le détail aride desquels nous ne saurions entrer ici. Mais convenez que les jardiniers ont de quoi faire…