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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/151

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L’ACTUALITÉ MAROCAINE

çaise, la seule possible. Mais, certainement à tort, elle a négligé en même temps les voies maritimes. Ainsi, l’Algérie n’est directement reliée à aucun port marocain de l’Atlantique, et pourtant c’est à destination de ces ports que sont embarquées une grande partie des marchandises que lui achète le Maroc. Les services de la compagnie Touache s’arrêtent à Tanger ; quant à ceux de la compagnie Paquet, ils vont de Marseille à Mogador, mais ignorent nos ports algériens. De même, les régions du nord de la France, qui entretiennent avec le Maroc des relations commerciales importantes et capables de grand développement, n’y sont reliées régulièrement que par les lignes allemandes ou par… Marseille. Enfin, la colonie française de l’Afrique occidentale, voisine du Maroc, l’ignore absolument. On sent qu’aucune espèce d’entente n’a précédé la création de nos services maritimes. Nos intérêts commerciaux en souffrent, nos compagnies de navigation elles-mêmes y perdent de beaux bénéfices.

Les relations commerciales avec le Maroc sont d’ailleurs difficiles et dangereuses. En raison des fluctuations du change, il n’y a pas de cours fixe possible, c’est un perpétuel aléa. Les tarifs douaniers sont incertains. Les frais de port sont arbitraires. Enfin les embarquements et débarquements sont un monopole de l’État : ses agents en abusent et leurs prix sont exorbitants.

Malgré ces conditions défavorables, le commerce extérieur du Maroc se développe sans cesse. En 1903, il a atteint 133.205.000 francs dont 38 % avec l’Angleterre, 33 % avec la France et 8 % avec l’Allemagne. Le Maroc achète des cotonnades, du sucre, des soieries, des bougies, des farines, du tabac, du ciment, etc… ; il vend des peaux, des laines, des tissus, des grains, etc…

L’Algérie est le meilleur client du Maroc et la France est placée pour devenir son meilleur fournisseur. Malheureusement nos procédés commerciaux manquent de souplesse. La plupart de nos négociants prétendent agir à Mogador ou à Safi comme ils agiraient à Bruxelles. Ils négligent complètement de se plier aux usages locaux. Les voyageurs qu’ils y envoient ignorent la langue et les coutumes arabes. Leurs échantillons sont ce qu’ils sont, peu importe le goût du client. Ces pratiques leur font le plus grand tort et ferment au commerce français quantité de marchés où d’adroits rivaux nous supplantent.