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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/148

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

nation étrangère doit souhaiter la pacification du Maroc et son ouverture au progrès, c’est assurément elle. Son intérêt le lui commande.

Un fait doit vous surprendre : c’est que la France si bien placée pour agir, n’occupe pas au Maroc une situation plus brillante. Puissance méditerranéenne, puissance africaine, puissance musulmane, nous avons eu depuis longtemps tous les atouts dans notre jeu et nous aurions pu, semble-t-il, en tirer un parti décisif. Au lieu d’adopter un plan, et de le suivre obstinément, nous en avons esquissé dix sans en exécuter un seul. À présent nos prétentions, partagées par de nouveaux venus, sont plus difficilement réalisables.

Depuis notre occupation de l’Algérie, nous avions à choisir entre deux principaux moyens d’installer au Maroc notre prépondérance : la conquête, et la pénétration pacifique. Conquérir le Maroc, c’eût été difficile et dangereux dans les temps les plus favorables ; aujourd’hui ce serait fou. Y pénétrer pacifiquement, c’était relativement aisé. En ces pays, le temps ne compte pas, les moyens lents sont les plus sûrs. Nous en avons usé, sans doute, mais dans une mesure bien restreinte en comparaison de nos forces. Vous pourrez en juger.

La pénétration pacifique d’un pays neuf doit être à la fois politique, économique et morale ; elle doit être officielle et privée. L’action politique de la France au Maroc n’avait qu’un but : mettre fin à l’état d’anarchie qui en fait un repaire de brigands. Pour y parvenir, la meilleure manière consistait, semble-t-il, à nous abriter derrière le Sultan, à faire de lui notre client, notre obligé, un peu notre vassal. Il fallait lui montrer son impuissance actuelle, la fragilité de son pouvoir, l’impossibilité de ses moyens, et lui représenter en même temps la valeur de notre concours, sa nécessité, son urgence. Sachant que notre flotte et notre frontière pourraient constituer la mâchoire d’un étau qui pulvériserait sa résistance, le makhzen devait être amené à s’accommoder de cette devise : « Hors la France point de salut ! »

Notre diplomatie a eu tout loisir d’exercer son action en ce sens, au moment où il n’y avait pas à Fez de Tattenbach et où l’Allemagne n’existait pas pour le Maroc. Elle ne l’a plus autant, à présent que toute l’Europe s’en mêle et qu’aux difficultés de l’anarchie maro-