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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/130

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

sur une détente spontanée et définitive. L’énervement qui cesserait le matin reprendrait le soir… Une ère s’est ouverte qui ne sera peut-être pas l’ère sanglante mais qui sera, à coup sûr, l’ère dangereuse… Et cela durera tant que l’Allemagne impériale n’aura pas réalisé sa figure intégrale et trouvé sa formule définitive ». Il est intéressant de relever la confirmation inattendue que viennent de recevoir ces lignes. Le directeur des services parisiens de l’Indépendance belge, M. Jean-Bernard, qui est un des représentants les plus en vue de la presse contemporaine, rendant compte d’une récente interview prise par lui au prince Radolin met dans la bouche de l’ambassadeur d’Allemagne les paroles suivantes : « Voyez-vous, je pense bien qu’on finira par s’entendre tout de même ; mais après, il faudra apaiser bien des irritations et panser bien des blessures d’amour-propre faites des deux côtés par cette déplorable affaire marocaine qui ne saurait être une cause de guerre mais peut devenir une source intermittente de malentendus dangereux. » Dépouillé des réticences et des atténuations qu’impose la réserve diplomatique ce langage est suggestif au dernier point. Il signifie que quelle que soit l’issue de la conférence d’Algésiras, le Maroc demeurera un brandon de discorde entre la France et l’Allemagne… et qu’au besoin il en surgirait d’autres pour remplacer celui-là. Voilà un aveu précieux à retenir.

Eh bien ! on vit avec la houle. C’est moins agréable que le calme plat mais c’est plus fortifiant aussi. Nous en éprouvons déjà l’effet, n’est-il pas vrai ? Nous nous sentons beaucoup plus forts, plus alertes, plus énergiques que l’an passé à pareille époque. À quelque chose malheur est bon. Résignons-nous donc mais surtout n’attendons rien des hommes ; leur action sur un tel état de choses est désormais sans pouvoir. Nous ressemblerions à un enfant auquel on aurait promis la veille une promenade en mer et qui, agenouillé sur le rivage, implorerait les flots et prierait la houle de vouloir bien cesser.