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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/107

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PAYSAGES DE CALIFORNIE

avant tout la ville appartient aux chevaux ; tous les dix pas on rencontre une écurie ou un magasin de sellerie. Il y a un proverbe courant dans le pays qui dépeint les mœurs équestres de l’habitant : « Quand vous aurez pris, dit le proverbe, l’habitude de seller votre cheval pour gagner le coin de la rue voisine, à cela vous reconnaîtrez que vous êtes devenu un vrai Californien. »

Les chevaux californiens sont infatigables : très doucement traités par leurs maîtres ils obéissent à la voix ; dans les ranchos et dans les petits villages il n’est pas rare de les voir errer en liberté mettant leurs têtes à la fenêtre et vivant, si l’on ose ainsi dire, de la vie de famille. Leur allure est le galop ; ils ont une sûreté et une régularité merveilleuses. Attachés à la moindre barrière que d’un coup de tête ils renverseraient, ils attendent leurs cavaliers pendant des heures, dormant au soleil, patiemment ; on les loue pour presque rien, sellés à la mexicaine avec le pommeau très élevé, la selle étroite et les étriers de bois sur lesquels l’homme se tient presque droit.

Ce matin-là qui était le dernier de notre séjour sur la côte de Californie, nous songeâmes tout à coup que nous n’avions pas honoré d’une visite les flots du Pacifique : à San Francisco, à Monterey on ne se baigne guère que dans les merveilleuses piscines des hôtels ou des clubs : Santa Barbara n’a pas de piscine, mais possède une plage de sable admirablement unie et qui reste fréquentée toute l’année : il n’est pas rare de faire une pleine-eau le jour de Noël. Novembre approchait ; la chaleur était exquise, légère, tempérée, facile à supporter et cela malgré que les rayons du soleil fussent cinglants.

Nous n’avions eu qu’à traverser la rue pour obtenir deux chevaux et une galopade de dix minutes nous avait transportés sur la plage. Les bonnes bêtes, immobiles dans le sable, leurs brides passées dans les anneaux de fer disposés à cet effet autour de l’établissement de bains, s’endormirent aussitôt, tandis que nous pénétrions dans l’océan. Il était particulièrement pacifique, ce jour-là, le grand océan ; au loin des bancs de varech jaune comme de l’or se balançaient très doucement ; des herbes marines très fines, d’un rose tendre, flottaient entre deux eaux et sur le bord, le flot s’allongeait voluptueusement avec un petit soupir musical.

Nous vîmes que les cabines n’avaient plus de toit et que le linge était absent : le baigneur interrogé sourit en regardant le soleil. Et c’est en effet le soleil qui sèche les nageurs et si vite et si bien