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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/82

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qu’un développement moral incomplet, et, pour les réfuter, de se borner à dire qu’ils sont privés de sens moral ?

C’est du fonctionnement régulier des facultés intellectuelles et morales que résulte la raison ; elle est un résultat et non point, comme l’admettent les philosophes spiritualistes, une faculté supérieure qui nous donne la connaissance des vérités nécessaires. Elle « consiste dans la connaissance des vérités intellectuelles et des vérités morales que l’homme acquiert au moyen des facultés du même nom. » M. Despine distingue la raison morale de la raison intellectuelle (Kant dirait la raison pratique et la raison théorique) et naturellement c’est la raison morale qui a la prééminence. Comme il le dit, la raison absolue n’est pas le partage de la faible humanité. » C’est un idéal dont chaque individu approche plus ou moins, devant se contenter le plus souvent de cette raison vulgaire qu’on appelle le sens commun. Cette raison relative est encore un état supérieur et nous verrons plus loin qu’il y a des hommes qui en sont dépourvus.

Et maintenant, quelle est dans ce système psychologique la place du libre arbitre ? Le « libre arbitre consiste à se décider par sa propre initiative, à vouloir. » Mais il ne se manifeste pas toutes les fois que nous voulons ; il y a des cas où la volonté n’est pas libre; tout choix ne suppose pas la liberté.

Il n’y a de libre arbitre que dans « les cas où, en présence de partis à prendre qui intéressent la morale devant la conscience de l’individu, le désir qui porte celui-ci au mal a plus de puissance sur son esprit que les désirs égoïstes moraux qui le détournent du mal. » Si bien que le libre arbitre dépend de la moralité, solution qui se rapproche de celle de Kant, ainsi que M. Despine le fait remarquer.

Telles sont en résumé les principales idées que M. Despine a développées dans la partie psychologique de son ouvrage. Ce que nous devons en retenir pour l’étude de la folie, c’est que l’homme est conduit par ses passions, que les phénomènes intellectuels sont soumis aux faits moraux ; c’est aussi que l’homme n’est pas toujours libre, puisque la liberté dépend du sens moral et que ce sens peut faire défaut, soit en totalité, soit en partie.

II. La folie. — Qu’est-ce que la folie ? Au premier abord la réponse paraît facile ; et pourtant il ne semble pas qu’on soit arrivé à une définition qui soit acceptée de tous les savants. On admet, et il est facile de le prouver, que la folie est un état psychologique morbide, lié à un état morbide du corps.

Mais quand on veut spécifier davantage, les dissentiments commencent. Esquirol définissait la folie « une affection cérébrale, ordinairement chronique, sans fièvre, caractérisée par des désordres de la sensibilité, de l’intelligence et de la volonté. » Cette définition, dont le sens général est accepté par beaucoup d’aliénistes, est complètement rejetée par M. Despine. D’abord, suivant lui, le mot folie ne doit pas être appliqué à une maladie du cerveau, mais à un état psychique. Ce qui carac-