Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/79

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

deux formes contraires doivent donc être intimement liées, puisqu’un mouvement dans un sens ne peut se produire sans exclure le mouvement contraire.

Nous pouvons maintenant, en examinant d’une manière générale le fait de la reproduction, dire : « que partout les simples lois mécaniques se montrent insuffisantes pour l’expliquer et que partout il faut admettre une autonomie, une spontanéité vivante. La pure inertie, la simple durée ne suffisent pas à expliquer la persistance des représentations ; mais il faut admettre une tendance durable, un acte vital propre. La simple entrée d’une représentation nouvelle ne suffit pas pour suspendre une ancienne ; mais il faut que cette nouvelle produise un acte volontaire de suspension. De même, la simple suppression de l’action suspensive ne suffit pas pour ramener une représentation à la conscience ; il faut qu’entre les représentations qui s’éveillent les unes les autres, il y ait des rapports vitaux, probablement volontaires : il faut qu’il y ait des tendances vivantes pour produire le va-et-vient des représentations. » (P. 314.)

Nous ne suivrons pas l’auteur dans son étude comparative de la sensation et du souvenir, et de leurs degrés intermédiaires, ni dans ses recherches sur l’état conscient et inconscient des représentations et sur le mécanisme qui les produit. Il se livre cependant sur ce dernier point à des hypothèses physiologiques ingénieuses, en s’appuyant sur ce fait que, dans le système nerveux, les parties centrales exercent sur les parties inférieures (par exemple, le cerveau sur la moëlle) une action suspensive. Enfin il essaie de concilier sa théorie de la reproduction avec l’unité de la conscience, mais en laissant de côté toute théorie métaphysique sur la nature de l’âme et en s’appuyant sur les seules données de l’expérience.

Il nous a été impossible de suivre dans tous ses détails cette étude sur la mémoire, qui cependant a dû faire comprendre d’une manière générale la méthode de l’auteur. Il ne tient pour solides que les explications qui peuvent reposer sur une base physiologique. Un avantage de ce genre de travaux, entre beaucoup d’autres, c’est, comme il le dit, de pouvoir profiter des travaux antérieurs, au lieu de paraître tout recommencer à nouveau et tout trouver pour son propre compte. « Mes analyses, ajoute-t-il, poursuivent un but bien déterminé : ramener à un simple élément fondamental psycho-physique la totalité des processus psychiques. »

Une partie du deuxième volume de cet ouvrage vient de paraître : nous y reviendrons quand la publication sera complète.

Th. Ribot.