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G. H. LEWES. — SPIRITUALISME ET MATÉRIALISME 571

au point de vue moral. Notre vie morale, heureusement, n'a pas une base aussi peu sûre que celle des conceptions spéculatives. L'exis- tence d'un principe, spirituel, quand même elle pourrait être démon- trée, ne nous aiderait pas plus à comprendre, et si nous les com- prenions, à modifier les faits de la vie morale. Une observation superficielle suffit à montrer combien un tel Principe est incapable d'engendrer une conduite morale, puisque tant d'âmes font preuve d'une insensibilité déplorable en présence des devoirs moraux. Qui- conque a fréquenté les prisons et les asiles d'aliénés, sait qu'il y a des êtres chez qui le « sens moral » manquait d'une façon irrémédiable. Et l'on ne peut pas attaquer cette observation en invoquant les effets d'une mauvaise éducation, puisque cet argument implique- rait que la Moralité dépend plus de l'éducation que du Principe psychique. . — Et si l'on dit que les crétins et les criminels sont tels que nous les voyons à cause de leur (.( organisation défectueuse, » cela implique également que l'organisation, et non pas le Principe, est la base de la vie morale, et que c'est elle que nous devons étudier.

Avant de procéder à l'examen de la valeur des hypothèses maté- rialiste ou spiritualiste, je demande au lecteur de débarrasser son esprit, s'il est possible, des considérations déplacées que l'on a tolé- rées jusqu'à présent et qui étouffent et obscurcissent la question. Le spiritualiste, cela est notoire, réclame pour son hypothèse la consécration de « nos instincts les plus sacrés et de nos aspirations les plus élevées, » — réclamation qui peut bien exciter la sympa- thie et l'espoir, qui place ses adversaires dans une position désavan- tageuse, mais qui, à l'examen, n'est qu'une hypothèse déplacée . Le spiritualiste s'appuie sur elle pour stigmatiser toute opposition comme fausse, sous prétexte qu'elle est dégradante : et non pas, cela doit être observé, comme dégradante parce qu'elle est fausse ! Il s'appuie sur elle pour proclamer que ses adversaires rejettent tous les faits spirituels, rejettent la responsabilité morale, le désin- téressement, et tout but idéal. Dans cette situation, il trouve qu'il n*y a pas de mot si infamant qui ne puisse être lancé contre ceux qui critiquent son hypothèse ; ni de conclusions assez absurdes qui ne puissent leur être attribuées. Ainsi, pendant longtemps le maté- riaUsme a été un terme de reproche ; et la plupart des hommes se sont empressés de désavouer toute sympathie avec une opinion à la fois si « basse » et si « méprisable. »

Faire l'éloge de soi-même, et décrier ses adversaires, est un procédé de rhétorique que Ton ne peut espérer voir disparaître — de nos jours du moins. Mais la rhétorique de certains spiri- tuaUstes est vraiment choquante pour les esprits sérieux, qui

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