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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/559

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K. de HARTMANN. — SCHQPENHAUER ET FRAUENSTAEDT 551

tout à fait déterminée ; il doit donc être lui-même une idée de forme concrète et tout à fait déterminée. Dès que Ton prend « la force vitale » pour une idée, il faut reconnaître en elle le collectif com- prenant toutes idées d'organisation, ou, en d'autres termes, l'idée totale de la nature organisée renfermant en elle toutes les idées par- ticulières de la nature comme ses parties idéales.

Ainsi la téléologie réaliste de Schopenhauer aboutit à sa théorie de la force vitale, mais celle-ci reçoit de son côté son développement concret dans sa théorie des idées. C'est pourquoi j'ai pu employer plus haut sa conception réaliste et sa conception objective, idéaliste, comme deux concepts identiques. D'autre part, la représentation in- consciente de la volonté finale de la nature (cherchée à tort par Frauenstaedt dans la sensation confuse) apparaît comme l'idée objec- tive de Schopenhauer. Frauenstaedt reconnaît aussi que cette dernière « loin d'être simplement une représentation subjective dans le sens (subjectif) idéaUste, est plutôt la révélation première la plus immédiate, la plus générale et la plus adéquate » de la volonté primordiale, qu'elle est donc préexistante aux objets et aux individus produits seulement par son intermédiaire d'une façon médiate et secondaire.

��VIII. — L'idée.

La théorie des idées de Schopenhauer doit être considérée d'après sa propre indication comme une combinaison des doctrines de Kant et de Platon. De même que l'antithèse kantienne du phénomène et de la chose en soi lui a fourni l'antithèse de la représentation et de la volonté, de même il a transformé l'antithèse kantienne du monde phénoménal et du monde nouménal en son antithèse de la représen- tation subjective et de l'idée objective. S'il a étabU une connexion entre cette dernière et la théorie des idées de Platon, il y était histo- riquement autorisé en tant que Kant lui-même a été induit à con- fondre l'être en soi et l'intelligible par des réminiscences de la théorie de la connaissance de Leibniz, laquelle s'appuyait de son côté sur l'idéahsme de Platon. Mais aucun homme famiUarisé avec ce philo- sophe ne soutiendra qu'il faille considérer la prétendue résurrection de son idéahsme dans les œuvres de Schopenhauer comme une res- tauration fidèle de la théorie grecque des idées. Bien plus, il me semble que Schopenhauer a vu le philosophe grec surtout à travers les lunettes de Schelling qui, dans sa philosophie naturelle, dans les parties esthétiques de son idéalisme transcendental et même dans

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