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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/542

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fentes par de petits replâtrages sans remarquer combien ces derniers s’accordaient peu avec le reste de l’édifice.

De nombreux partisans de Schopenhauer voient encore aujourd’hui dans son idéalisme subjectif et dans le rejet du réalisme transcendental qui, dans Kant, lui est parallèle, non-seulement le fondement inébranlable, mais encore le mérite le plus grand et le plus durable de sa doctrine. Ils pensent que les replâtrages postérieurs sont seulement des lapsus calami pardonnables au penseur vieilli. Cette manière de voir est certainement plus conforme à l’histoire que celle de Frauenstaedt , mais la sienne est plus conforme à la réalité. J’ai moi-même rompu complètement avec l’idéalisme subjectif de Kant et j’ai largement prouvé qu’il ne peut pas, et pourquoi il ne peut pas, y avoir une causalité immanente (entre les objets de la représentation) mais seulement une causalité transcendante (entre les choses et le moi). En conséquence, il faut chercher la conciliation entre les doctrines, idéaliste et réaliste, contradictoires de Kant par une méthode inverse de celle qui a été suivie par Schopenhauer. Mais j’ai fait voir également qu’on obtient ainsi, pour la formation d’un nouveau système, un point de départ diamétralement opposé à celui de Schopenhauer, et dont l’influence transformatrice doit être ressentie jusque dans les moindres filaments de l’organisme. Si Bahnsen et Frauenstaedt reconnaissent qu’il faut suivre la même voie, je ne puis que me réjouir de cet accord, mais je suis néanmoins obligé de protester contre la supposition historique que le système de Schopenhauer ait jamais donné ou pu donner accès à un réalisme fondé sur la connaissance théorique, fût-ce dans le même sens que celui de Kant, c’est-à-dire par rapport à la matière de l’intuition, distincte de sa forme.

Tant que la causalité transcendante est repoussée expressément comme contradictoire avec les principes inébranlables de l’esthétique et de l’analytique transcendantales , toute connaissance (ou plutôt toute acceptation à titre de foi) d’une correspondance ou d’une corrélation entre l’objet de la représentation et la chose en soi, peut seulement se rapporter à quelque chose d’inexplicable, au-dessus de la portée de notre intelligence, et que l’on peut chercher seulement dans ce phénomène subjectif immédiat qui (d’après Schopenhauer) est le commencement de la véritable unité métaphysique. En réalité la forme et la substance de l’intuition sont produites par l’âme d’une façon également spontanée et inconsciente, mais déter-

1. Telle est, par exemple, la proposition citée par Frauenstaedt (dans son écrit « la Vision et les couleurs ») : « Le corps est rouge, signifie qu’il produit dans l’œil la couleur rouge. »