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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/508

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la vie et les sphères dans lesquelles elle se meut sont soumises les unes et les autres à des principes supérieurs, mais encore où ces maximes, nous dirigeant dans les détails, ont établi partout entre elles des rapports fixes de subordination, où celles-ci commencent à former jusqu’en une certaine mesure un système unique, où l’aristo­cratie des règles et des maximes a trouvé dans la suprématie royale d’un principe dominant, une autorité naturelle et constante. Car qu’est-ce qui constitue le caractère essentiel de l’homme mûr et rai­sonnable, si ce n’est l’unité absolue dans ses actes ? Et nous ne don­nons pas cette unité comme l’idéal moral accompli ; elle marque simplement la pleine possession et le complet développement de l’intelligence, car elle est loin d’être le signe de la perfection.

Mais l’homme n’est pas un être isolé, il est un membre d’un grand tout. Toute notre civilisation, toute notre intelligence sont le produit de cette communauté. C’est pourquoi la volonté isolée de l’individu est incomplète ; c’est un fragment, une phase imparfaite de dévelop­pement, à peu près comme, dans le cercle de la vie individuelle, le désir isolé, la maxime isolée. La volonté isolée visant seulement à la satisfaction individuelle est quelque chose de borné, d’absurde. L’égoïsme le plus achevé, le plus raffiné, le plus subtil, est en fin de compte un mode d’action insensé, stupide, et ne peut être d’une longue durée. Ces vieux proverbes : le mensonge ne peut aller loin, et : ce qui est honnête dure le plus longtemps, restent toujours vrais. Les volontés égoïstes, individuelles, se combattent entre elles comme les maximes, les désirs et les appétits isolés, et de cette con­currence vitale sort également une loi plus élevée. C’est celle pro­clamée par Kant comme le principe moral suprême et que 1800 ans avant lui Jésus-Christ a exprimée en ces termes si simples et si nobles : Faites à autrui ce que vous voulez que les autres vous fas­sent.

Avec la formation de ces unités qui s’élèvent toujours davantage, marchent de front une variété plus riche dans les sentiments qui nous animent, un développement de plus en plus large, une grada­tion plus nuancée, un usage plus noble des biens et des maux. Nos appétits sont excités principalement par le déplaisir, les privations et la souffrance. Le désir marche à la suite d’aspirations brutales, physiques ; dans la maxime et dans la volonté individuelle isolée nous rencontrons déjà les sentiments esthétiques, individuels et même moraux qui tirent leur origine de la force, de l’énergie et de la logique de nos tendances. Dans la phase dernière de la volonté morale raisonnée, nous voyons apparaître les sentiments les plus élevés, les plus nobles, les plus sacrés que le cœur humain puisse