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est agréable, à éloigner ce qui est désagréable. Le concept qui se rattache directement à l’appétit, c’est le mouvement réflexe, c’est-à-dire la transmission de l’excitation d’un système nerveux sensible à un système moteur, s’opérant avec une nécessité mécanique. On sait combien il est difficile, sinon impossible d’arrêter un mou­vement réflexe une fois commencé, tel que la toux, l’éternuement, le clignotement de la paupière. C’est avec cette même force naturelle, si difficile à diriger, que nos appétits agissent originaire­ment. Le plus souvent ils ne sont que des sensations physiques, comme l’appétit de la nutrition, de la respiration, de la génération. Quand des sentiments plus élevés entrent en jeu, comme dans les appétits de la science, de la conservation de soi-même et de la socia­bilité, ils se montrent sous leur forme la plus élémentaire : ainsi l’appétit de la science, sous la forme de la curiosité, comme nous la voyons aussi chez l’animal ; l’appétit de la conservation sous la forme d’une tendance involontaire à l’équilibre chez celui qui tombe ou d’un effort convulsif pour se raccrocher quelque part, chez celui qui est sur le point de se noyer, etc. Mais l’appétit se distingue du mouvement réflexe en ce qu’il découle de la sensation du plaisir et du déplaisir et a toujours plus ou moins conscience de lui-même, tandis que le dernier est aussi involontaire qu’il est plus ou moins inconscient. Naturellement cette différence est seulement relative et inconstante. Il est, en outre, dans la nature de l’appétit de marcher à son but, la satisfaction, directement, sans réflexion et sans prépara­tion de moyens. C’est pourquoi l’homme, parvenu à l’état de civi­lisation, n’est pas guidé par l’appétit, mais par les désirs, par la volonté qui en sont des degrés de développement plus élevés. Nous parlons de nos appétits dans un sens impropre, mais cette expres­sion est légitime en tant qu’elle désigne d’une manière frappante leur dérivation des appétits brutaux et leur violence souvent irrésis­tible, rappelant celle des éléments de la nature.

Un proche parent de l’appétit, c’est l’instinct. Par ce mot on entend des dispositions, des facultés innées, transmises par héritage, en partie déjà assez complexes et destinées à satisfaire les appétits, auxquelles en raison de l’art déployé dans les nids des oiseaux, dans les toiles des araignées on a appliqué en général la désigna­tion d’instincts artistiques. L’instinct est un concept qui a donné lieu à beaucoup de discussions et qui est encore loin d’être com­plètement élucidé. Mais on fera bien de se garder surtout des opi­nions mystiques. Certainement l’animal apporte au monde maintes facultés toutes développées, par exemple, celle de se servir de ses membres que l’homme est obligé d’acquérir péniblement. Vraisem­