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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/473

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Jules SOURY. — HISTOIRE DU MATÉRIALISME 465

qui apprenaient aux jeunes gens l'art de penser, de parler et d'agir étaient les sophistes. Ils préparaient les hommes à la vie civile. Leur but était de faire des orateurs, des administrateurs, des hommes d'Etat. Quiconque désirait acquérir du renom dmis la cité allait les trouver. Les sophistes passaient leur vie sur l'agora ; ils possédaient une grande expérience des affaires et une longue pratique des hommes ; riches et honorés, ils furent souvent députés comme am- bassadeurs aux diverses cités grecques. Croire qu'un sophistç était une sorte de charlatan qui enseignait à ses élèves l'art de parler de tout sans avoir rien appris est vraiment bien naïf. Imagine-t-on les élèves d'un tel maitre à la tribune d'Athènes, ou devant les juges du dikasterion? Ils auraient fait rire la Grèce entière d'un de ces éclats de rire qu'Homère prête aux dieux de T Olympe. On ne pouvait se tromper plus lourdement qu'en faisant des sophistes une secte de phi- losophes, une école dogmatique, un corps enseignant en possession de doctrines et de méthodes parfaitement définies. On ne croit plus qu'ils aient eu en propre une argumentation dialectique dont l'effet aurait été de démoraliser et de pervertir les Hellènes. C'est presque uniquement Platon qui, dans ses dialogues, présente les sophiste? sous un jour aussi peu favorable ; Xénophon ne l'a pas plus suivi ici qu'ailleurs. Platon, qui ne nomme pas une seule fois Démocrite, té- moignait, à la manière de tant d autres idéaUstes, sa haine contre les doctrines en calomniant les personnes. Cet artiste incomparable ne comprit rien au génie de ces autres artistes pleins de finesse et de goût. Comme tous les croyants, il n'admettait pas qu'on pût être, de bonne foi en niant la vérité, la justice et les dieux. Avouer qu'on) ne sait rien, et surtout qu'on ne peut rien savoir, lui semblait une; mauvaise action. Cet aveu des sophistes nous paraît pourtant uii) exemple admirable de bon sens, de sincérité, d'esprit. , .;. J j?i3 îx:. c( Protagoras est le premier, a écrit A. Lange, qui partit. non plus deVobjet, de la nature extérieure,- mais du sujet, de l'être spirituel de l'homme. » C'est un précurseur de Socrate ; c'est à lui, non à Socrate, qu'il coavient de faire xemonter l'origine de la réaction contre le ma^ . tériahsme qui va commencer. L'atome n'est plus pour lui la chose en soi : la matière lui paraît, au contraire, quelque chose d'indéterminé, . dans un flux et reflux perpétuel, en une sorte d'écoulement sans fin, comme s'exprime Heraclite; bref, elle est ce qu'elle paraît être à. chacun. L'homme est la mesure de toutes choses, de Vélre en tant quil estj du non être en tant qu'il n'est pas. IIocvtwv j^pyjfjLocTwv (xéxpov* àvOpoiTtoç • TÔiv (jt,£v èovTOiv w; EffTi, Twv Se oCix eovTOJV w; oux £(7Ti. A-t-on jamais mieux dit que les idées que nous nous formons des choses dépendent de nos sensations et que nous ne pouvons connaître que celles-ci ? roME I. — 1876. 30

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