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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/457

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regards sur les sommets neigeux de l’Olympe. Resté seul devant la nature, l’homme ne l’adora pas. Un climat sec et sain, un ciel d’une pureté et d’une transparence incomparables, une mer parsemée d’îles aux côtes escarpées et abruptes, masses sombres et sévères qui projettent leurs grandes ombres sur les flots, un paysage austère, une vie de marins et d’aventuriers, préservèrent les Hellènes des mollesses perfides et des allanguissements qui, dans la vallée du Gange, énervèrent de bonne heure leurs frères de l’Inde, les absorbèrent en un voluptueux évanouissement. Les esprits fins et pénétrants, les hommes plus particulièrement doués pour observer et comparer, tous ceux qui, sans se désintéresser de la chose publique, restèrent cependant plus étrangers que d’autres aux révolutions politiques qui éclataient partout en Grèce vers le temps de la guerre des Perses, — en un mot, les penseurs, s’appliquèrent surtout à la mathématique et à l’astronomie.

Depuis longtemps les Hellènes avaient acquis cette puissance d’abstraire grâce à laquelle les nombres, signes des choses, deviennent les principes de tout un ordre de sciences subjectives. Le soleil, la lune, les astres innombrables qui chaque soir semblaient s’allumer dans les profondeurs bleues du ciel, et s’éteindre chaque matin, dès que l’aurore ouvrait les portes du jour, le besoin que ce peuple de marins et de marchands avait de connaître les phénomènes célestes, enfin cette pureté et cette transparence de l’atmosphère qui font d’Athènes, par exemple, un des lieux de la terre le plus favorables pour un observatoire, tout cela ne contribua pas peu sans doute à faire naître chez les Grecs la pratique et le goût de l’astronomie Au commencement du vie siècle, ils étaient peut-être déjà assez avancés dans cette science pour prédire les éclipses de soleil. Ils savaient que la lune reçoit sa lumière du soleil. Ils avaient essayé de calculer le volume et la distance des corps célestes. Quant à la terre, qu’ils s’étaient d’abord représentée comme une immense plaine, les révolutions des astres qui reparaissaient les mêmes chaque jour, brillant à l’Orient, après avoir disparu la veille au couchant, les courses lointaines des navigateurs, des voyageurs comme Hécatée de Milet, leur apprirent qu’elle ne s’étendait pas à l’infini, qu’elle était isolée dans l’espace et présentait une forme arrondie.

L’impression que les phénomènes, célestes ou terrestres, firent sur les Hellènes, voilà l’origine de la première conception scientifique de l’univers, du premier système du monde vraiment digne de ce nom par sa grandeur et sa simplicité. Frappés tout d’abord des transformations que subit la matière en passant par les trois états solide, liquide et gazeux, ils considérèrent tantôt l’une tantôt l’autre

TOME I. — 1876 29