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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/421

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d’étendue et de durée. C’est ce qui explique qu’il soit absolument impossible d’analyser la qualité d’une sensation, et de la ramener à des concepts. Autrement le langage pourrait donner l’idée d’une sensation à celui qui ne la connaîtrait point par sa propre expérience : au sourd, par exemple, la sensation du son.

L’activité inconsciente, que l’entendement applique à la coordination des sensations, et qui lui permet de construire la réalité extérieure, se déploie toujours sous l’influence du plaisir et de la peine. « C’est que la somme d’activité qu’un être dépense est déterminée par les sensations du plaisir et de la. peine ; et de telle sorte que les mouvements produits dans un cercle spécial de phénomènes semblent destinés à réaliser un but inconscient, à savoir, de réduire au minimum la somme des sensations pénibles. La vérité de cette loi pour expliquer les mouvements de l’homme et de l’animal ne serait peut-être pas bien difficile à démontrer. Il semble plus malaisé de constater expérimentalement que le travail des éléments de la matière est accompagné d’une certaine sensibilité… On peut juger aussi faible, aussi insignifiant que l’on voudra le degré de cette sensibilité : mais, selon moi, il est indispensable d’en admettre l’existence, si l’on veut comprendre les phénomènes de sensibilité, que l’expérience permet de constater dans la nature — Nous n’attribuons la faculté de sentir qu’aux organismes supérieurs, uniquement par l’effet d’une induction précipitée et sur « la foi d’une simple analogie. » Si des organes et des sens plus développés et plus subtils nous permettaient d’observer le groupement et la régularité des mouvements qu’exécutent les molécules d’un cristal, lorsque ce dernier est profondément blessé en quelque endroit, nous trouverions sans doute que nous décidons bien à la légère, et que nous faisons une pure hypothèse, lorsque nous affirmons que les mouvements produits dans ce cristal ne sont absolument accompagnés d’aucune sensibilité. »


M. Zöllner, dans la Ve partie, sous le titre de « contributions à l’histoire et à la théorie des raisonnements inconscients, » revient sur des considérations déjà présentées, relativement au rôle des idées inconscientes dans le développement de nos jugements moraux comme de nos jugements théoriques. L’auteur s’attache particulièrement ici à contester l’originalité d’Helmholtz et à faire ressortir celle de Schopenhauer, qui, cinquante ans avant le premier, mettait hors de contestation le rôle des raisonnements inconscients. Helmholtz, dans son optique, reproduit les arguments et souvent le langage de son devancier, mais sans le mentionner. La réfutation que fait le même Helmholtz dans son optique des arguments dirigés par Stuart-Mill contre le caractère à priori du principe de causalité rappelle le passage curieux où Schopenhauer combat la théorie de Maine de Biran sur la causalité, voir le monde comme représentation et volonté, t. II, p. 41. — De même