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qu’elles procurent à l’individu, soit dans la réalisation de son bien particulier, soit dans la réalisation d’un bien supérieur qu’il poursuit en commun avec les autres êtres raisonnables. Les actes dont il reçoit un plaisir font naître dans sa conscience la satisfaction morale (sittliche Freude) ; les autres lui causent de la honte (Scham.) Les premiers sont convenables (zweckmässige) ; les seconds, inconvenants (unzweckmässige.) Les raisonnements inconscients jouent un très-grand rôle dans nos jugements moraux, comme dans nos jugements théoriques. C’est qu’en effet les jugements moraux résument les expériences sans nombre, dont des milliers de générations ont subi l’action, et qui ont développé en elles des dispositions héréditaires à poursuivre certaines fins inconscientes — Les fins dont il s’agit doivent être entendues tout à fait dans le sens Darwinien d’une finalité « immanente » qui n’a pas été implantée dans les êtres par une intelligence située en dehors du monde. « De ce point de vue, les fonctions de l’Entendement, les aptitudes supérieures de l’intelligence et de la volonté doivent être considérées comme résultant des besoins que la lutte pour l’existence a développés chez l’individu, de même que les organes dont il se sert, pour modifier le monde extérieur et accommoder la nature à ses fins pratiques. » On comprend que les manifestations de la vie, auxquelles nous donnons le nom d’actions volontaires, ne se produisent dans un individu organisé qu’autant que, sous la pression du besoin, un organe s’est développé en lui, qui lui permet d’embrasser toute une série de relations causales dans le passé et l’avenir. Les manifestations de l’activité déployée par un tel organe sont « les opérations de l’Entendement. » La perfection de ces opérations se mesure donc à la durée que remplissent les phénomènes passés ou futurs, dont l’Entendement sait découvrir le rapport causal à un phénomène déterminé.

Toute cette longue digression, pour définir ce que c’est que la perversion ou la rectitude du jugement et des actes, fournit enfin à M. Zöllner le critérium qu’il applique avec une vivacité, à notre sens regrettable, aux vices de méthode et de caractère qu’il reproche à M. Tyndall. Il les résume d’une façon un peu pédantesque dans cette formule banale : « la quantité des fonctions intellectuelles a été corrompue chez M. Tyndall par l’influence de la vanité. » Les intérêts sacrés de la science, le souci patriotique de l’intégrité du génie allemand, trop souvent et trop solennellement invoqués par l’auteur, trahissent le besoin qu’il éprouve d’excuser les violences et les longueurs de sa polémique.


La IVe partie de l’ouvrage est remplie par d’importantes considérations sur l’histoire et la théorie de la connaissance.

Un premier chapitre analyse les théories de Pape, de Winnecke et de Brédichin sur la constitution des comètes ; l’auteur y trouve la justification des vues qu’il a précédemment émises. Il est bien évident que l’étude astronomique n’est ici encore qu’un prétexte à l’exposé des