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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/417

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L’histoire des divisions de la pensée humaine ne fait, après tout, que justifier ces autres vers de Schiller :

« Que la discorde règne entre vous, philosophes et savants. Le temps de votre accord n est pas encore venu.

« C’est en divisant vos efforts dans la recherche, que vous finirez par trouver la vérité. »

La période d’opposition, dont le grand poète concevait la nécessité, touche enfin à son terme. Le temps de la conciliation est arrivé : mille signes précurseurs en révèlent l’approche. M. Zöllner salue avec enthousiasme l’aurore de l’ère nouvelle qu’il désire et qu’il prévoit.


Entrons maintenant dans l’examen des diverses parties de l’ouvrage. Les deux premières contiennent l’exposé des théories d’Olbers et de Bessel et des vues propres à l’auteur sur la nature des comètes : nous n’avons pas à nous en occuper.

La IIIe partie est consacrée à l’examen de la théorie de Tyndall, moins encore pour en signaler les vices au point de vue de la science astronomique, que pour chercher dans l’analyse des erreurs du physicien anglais une preuve éclatante de ce défaut de sens spéculatif et logique, ou, pour parler le langage de l’auteur, d’esprit déductif, qui caractérise et égare beaucoup de savants actuels et surtout de savants anglais.

La théorie de M. Tyndall pèche contre les règles fondamentales de la logique. Pour qu’une hypothèse soit acceptable, il faut qu’elle ramène les causes inconnues des phénomènes à des causes connues ; et qu’elle diminue d’une au moins le nombre des premières. Or la théorie de Tyndall sur les comètes suppose l’intervention de quatre causes inconnues, et de causes beaucoup plus difficiles à entendre que les faits eux-mêmes, dont elles doivent donner l’explication. M. Zöllner entreprend de découvrir la source de ces erreurs impardonnables chez un esprit auquel on ne peut cependant refuser de grandes facultés. Il prend occasion de cette recherche pour nous exposer toute une doctrine sur les conditions et les règles du bon usage de l’entendement.

Ce chapitre, qui mérite d’être étudié, est intitulé : « de l’origine et de la signification pratique de l’Entendement. »

« Toutes les manifestations extérieures de la vie dans les organismes se produisent sous l’influence du plaisir et de la douleur… » L’Entendement n’est qu’une fonction par laquelle l’individu essaie de ramener ses sensations à leurs causes, et de construire le monde des objets. Il étend ainsi dans le temps et l’espace le cercle des influences dont il doit se préoccuper, en vue de son bonheur personnel. Par une série de raisonnements inconscients {unbewusste Schlüsse), l’Entendement procède à une première détermination des rapports de l’individu avec les objets extérieurs. — Il fait de même, lorsqu’il cherche à déterminer les rapports pratiques des actions de l’individu avec les actions des autres hommes. La valeur des actes volontaires se mesure, comme celle de toutes les autres manifestations de la vie, au plaisir ou à la peine