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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/408

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l’autre, et de la loi commune à laquelle elles sont réduites ? La terre est une des planètes qui gravitent autour du soleil ; les corps qui tombent à sa surface sont des fragments de son écorce, ou, comme les aérolithes, des fragments du système solaire. Si, ce qui est précisément le cas, on ne considère en eux qu’un seul phénomène, tous ces termes ne diffèrent l’un de l’autre qu’en quantité. Aussi, dans la formule générale, ce qui est laissé indéterminé, c’est la quantité des termes, et non le rapport qui les unit. Si la science parvient un jour à ramener à la formule de Newton la loi des mouvements moléculaires et atomiques, c’est que les termes de cette loi, masses et distances moléculaires et atomiques, seraient homogènes, et ne différeraient des masses et des distances planétaires qu’en grandeur et non en qualité. De même encore, si l’on croit que toutes les lois physiques seront un jour réduites à une loi commune d’équivalence mécanique, c’est que l’on considère les différents ordres de phénomènes comme n’étant au fond qu’un même phénomène indéfiniment diversifié. La concentration graduelle des lois en des formules de plus en plus générales implique donc que les termes réduits les uns aux autres sont homogènes et ne diffèrent qu’en grandeur ; aussi le développement des lois les plus générales peut-il se faire par déduction.

Il n’en est pas ainsi des espèces et des genres. Il est vrai que le genre contient ce qui est commun à plusieurs espèces, et que chacune des espèces subordonnées à un genre en est un cas particulier. Mais comme le contenu des catégories naturelles, si précise et si complète qu’en soit la description, demeure toujours un objet d’imagination, en passant des espèces aux genres, les types spécifiques s’évanouissent véritablement, le rapport intelligible qui les unit entre eux et au type générique, nous demeure caché ; aussi pour revenir du genre aux espèces avons-nous besoin de recourir à l’intuition ; l’entendement a beau faire varier les données du genre, il ne peut en tirer les caractères des espèces.

Notre impuissance à résoudre les types en éléments homogènes nous explique l’imperfection relative des sciences de classification. Nous ne pouvons obtenir que des expressions schématiques des lois de coexistence ; aussi ne pouvons-nous que décrire les types généraux. Mais cette description, œuvre de l’expérience, est toujours sujette aux méprises possibles de l’observation. Aussi n’est-elle pas la science, au sens exact de ce mot ; aussi les systèmes de nos auteurs ne sont-ils, suivant l’expression d’Agassiz, « que des approximations successives du système de la nature elle-même. »

Louis Liard.