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composées de parties ; en elle existe donc un nombre inassignable de rapports élémentaires. Elle est placée dans un milieu vivant ; chaque partie des éléments qui la composent est donc en rapport avec chaque partie des éléments de ce milieu. À mesure qu’en elle apparaît un élément nouveau, le système de ses rapports extérieurs est modifié. Ce milieu qui réagit sur elle subit lui-même la réaction du milieu dans lequel il vit ; voilà donc une infinité de rapports qui s’ajoutent aux premiers. Comment établir la formule de cet infini élevé à une puissance infinie ?

A. Comte, un des penseurs modernes les plus fortement attachés à cette antique idée d’une réduction de tous les phénomènes à des lois mathématiques, a vu que le problème était pratiquement insoluble en biologie : « Un caractère éminemment propre aux phénomènes physiologiques, dit-il, et que leur étude plus exacte rend maintenant plus sensible de jour en jour, c’est l’extrême instabilité numérique qu’ils présentent, sous quelque aspect qu’on les examine… chaque propriété quelconque d’un corps organisé est assujettie dans sa quantité à d’immenses variations numériques, tout à fait irrégulières, qui se succèdent aux intervalles les plus rapprochés, sous l’influence d’une foule de circonstances tant intérieures qu’extérieures, variables elles-mêmes ; en sorte que toute idée de nombres fixes, et par suite de lois mathématiques que nous puissions espérer d’obtenir, implique réellement contradiction avec la nature spéciale de cette classe de phénomènes[1]. »

On ne peut donc espérer parvenir un jour à une détermination des lois morphologiques aussi exacte que l’est aujourd’hui celle de la plupart des lois physiques. L’impuissance pratique où nous sommes de délimiter avec rigueur, dans les organismes individuels, la part contributive de chacune d’elles, est un premier obstacle infranchissable. Mais cet obstacle franchi, nous échouerions toujours devant l’infinie complexité qu’il faudrait ramener à des rapports mathématiques. Par conséquent, si le système des espèces, des genres et des catégories supérieures, est au fond un système de lois de coexistence de plus en plus générales, nous ne saurions avoir de ces lois une connaissance exacte. Nous ne pouvons, dans cet ordre de recherches, substituer à l’image des formes extérieures, la pensée des lois intimes qui les produisent ; les types ou les schèmes ne peuvent être remplacés par des formules.

Il résulte de là qu’au moins dans les sciences de la nature[2], on

  1. Cours de Phil. posit. Lec. III.
  2. Cette restriction est nécessaire, car il est des espèces et des genres, les espèces et les genres mathématiques, par exemple, dont les éléments sont