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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/403

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scientifiquement le système des lois morphologiques ? Il se peut que chacune d’elle ait travaillé plus que les autres à la structure de tel appareil, de tel organe, de telle partie d’organe ; mais elle a travaillé aussi à toutes les autres parties de l’édifice ; et, de plus, elle n’a pas été l’unique ouvrière de la portion qu’elle a marquée plus spécialement de son empreinte. Aussi, la chercher uniquement là où son œuvre est plus saillante, est-ce se contenter d’une détermination incomplète. Et d’ailleurs, dans cet appareil ou dans cet organe où on la localise pour les besoins de la théorie ou de la pratique, à quel signe infaillible reconnaître ce qui lui appartient en propre et ce qui revient aux autres ?

Agassiz a proposé, pour chaque groupe du règne animal, de nouveaux critères qu’il croit infaillibles. Pour les embranchements, il s’en tient aux déterminations de Cuvier, mais il distingue les classes « par la façon dont le plan général de structure est poursuivi, c’est-à-dire par les combinaisons diverses des systèmes organiques constituant les corps des représentants d’un embranchement quelconque », ou plus nettement « par la différence des voies suivant lesquelles la vie est entretenue, et par la diversité des moyens employés pour établir ces voies. » Dans les classes, « les ordres se rangeront tout naturellement d’après le degré de perfection des organismes qui les représentent, c’est-à-dire suivant la complication ou la simplicité de leur structure. » Les familles ont pour caractère essentiel la forme, « non pas les contours extérieurs, mais la forme telle qu’elle résulte de la structure, ce qui signifie que les familles ne peuvent pas être bien définies ni circonscrites dans leurs limites naturelles, sans un examen approfondi de tous ces traits de la structure intérieure qui se combinent pour déterminer la forme. » Dans les familles, les genres sont caractérisés par la structure spéciale de telle ou telle partie, « le fini de l’organisation, la perfection des derniers détails de la structure ; » enfin les caractères des espèces sont les particularités qui dérivent « des rapports des individus entre eux, soit avec le monde ambiant ; les proportions, l’ornementation de leurs parties, etc.[1] »

Cette théorie n’a pas rallié tous les zoologistes, comme l’espérait son auteur. C’est qu’en effet elle est loin d’établir une démarcation tranchée entre les diverses catégories dont elle admet l’existence, et de fournir pour chacune d’elles un critérium sans ambiguïté. Agassiz reconnaît que les traits de chacun des types généraux qui coexistent dans un individu ne sont pas concentrés dans un organe ou dans un appareil en particulier, et qu’il faut, par conséquent, les chercher

  1. De l’espèce et de la classification en zool., chap. II.