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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/398

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minent des modes spéciaux de structure des appareils respiratoire et circulatoire. — Pour Cuvier, les classes se divisent en ordres, dont les caractères distinctifs sont tirés des organes digestifs, ou mieux de leurs auxiliaires extérieurs, les organes de la manducation et de la préhension. Cela veut dire que les lois de coexistence desquelles résulte la structure caractéristique de la classe, peuvent se combiner et se combinent en effet avec des lois moins étendues, lesquelles déterminent dans certains appareils la structure propre à chaque ordre. On pourrait en dire autant des familles dans les ordres, des genres dans les familles, et des espèces dans les genres. Ainsi, à mesure qu’on descend l’échelle, on se trouve en présence de caractères morphologiques nouveaux, qui appartiennent à un nombre de plus en plus restreint d’individus ; en d’autres termes, on rencontre les produits de lois de plus en plus spécifiées, dont l’action se combine avec celle des lois plus générales rencontrées auparavant. Et si maintenant nous nous plaçons au bas de l’échelle, l’individu nous apparaît, non pas comme le substratum d’entités distinctes et pourtant concertantes, mais comme l’œuvre commune de lois coordonnées et diversement étendues. À chaque progrès de l’analyse, des affinités plus larges nous apparaissent entre les êtres les plus divers, et le nombre indéfini des individus qui n’était pour les sens que multitude et presque anarchie, devient ordre et unité pour la pensée.

Cette manière de concevoir les espèces et les genres, la seule qui nous préserve à la fois d’un nominalisme et d’un réalisme également anti-scientifiques, est confirmée parles résultats d’une science encore bien imparfaite, mais qui a cependant répandu déjà de vives clartés sur les mystères de la nature vivante. L’embryogénie nous a appris d’abord que les individus ne se forment pas par l’accroissement géométrique de germes préexistants, qui contiendraient l’être adulte en miniature. À la théorie spéculative de la préexistence des germes a succédé la théorie expérimentale de l’épigenèse. L’individu n’est pas, dès l’origine, formé de toutes pièces, arrêté dans tous ses traits ; mais l’embryon est le siége de formations distinctes et successives qui le munissent peu à peu des instruments nécessaires à la vie. Il y a donc plusieurs étapes dans l’évolution.

Si maintenant on compare le développement embryogénique des animaux en apparence les plus divers, on assiste à des différenciations progressives d’un même élément primitif. L’origine de toute évolution organique est une cellule. Au début, un mammifère ne se distingue pas d’un poisson, un poisson d’un oiseau, ni même un vertébré d’un invertébré. La cellule primitive est toujours une vésicule