Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/395

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

sel dissous flottaient dispersées dans le liquide ; le passage de l’électricité a réveillé en elles certaines énergies latentes ; des courants d’actions et de réactions se sont produits ; les molécules y obéissant ont été attirées à certains points, repoussées à certains autres ; elles se sont ainsi groupées en un ordre défini. La forme géométrique du cristal est donc le produit du travail moléculaire qui a réuni et mis en équilibre des éléments homogènes auparavant épars ; elle persiste tant que cet équilibre subsiste ; elle se reproduit invariablement toutes les fois que des éléments semblables sont placés dans les mêmes conditions. Elle ne doit donc être à nos yeux que le signe sensible de la formule qui exprimerait le travail mécanique duquel elle résulte.

Du cas le plus simple, passons au plus compliqué. Un animal haut placé dans la série zoologique a une forme définie. Elle résulte incontestablement de la structure et de la disposition des appareils, des organes, des tissus et des organites élémentaires. Mais ces diverses pièces de l’organisme ont été façonnées, groupées et mises en place par l’obscur travail de l’évolution. Ce n’est pas tout. Dans l’être vivant, l’équilibre des éléments est à chaque instant troublé, et à chaque instant rétabli ; mais au milieu de ces ruines incessantes incessamment réparées, la forme de l’être demeure la même, Par conséquent si le travail de l’évolution aboutit à cette forme, l’œuvre sans trêve de la nutrition ne fait que réparer l’édifice organique, sans en modifier l’architecture. La forme de l’être organisé doit donc être à nos yeux le signe sensible de la formule qui exprimerait le travail évolutif qui l’a produite, et le travail nutritif qui la maintient. Ce n’est pas tout encore. L’être vivant a une durée limitée ; mais il a le privilége de se survivre dans un autre lui-même. Celui qu’il laisse à sa place est fait des mêmes matériaux que lui ; il exécute les mêmes fonctions, et il est construit sur le même plan. Comment comprendre et expliquer cette transmission des caractères, si la loi complexe, qui a groupé et maintenu dans un ordre immuable les éléments sans cesse renouvelés des ancêtres, n’étend pas son action aux descendants, ou, pour parler un langage moins figuré, si les éléments organiques n’ont pas entre eux mêmes rapports chez tous les individus d’une même lignée ? Ce système de rapports a donc le caractère de toute loi véritable ; il ne disparaît pas avec l’individu où il est réalisé, mais il est général. Par conséquent celui qui en posséderait l’exacte formule aurait réduit à une pensée unique le nombre indéfini des individus semblables qui sont nés et qui naîtront les uns des autres.

Mais cette réduction ne serait qu’un premier pas dans la science