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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/379

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cipe de toutes ces belles facultés qui sont propres à l’homme. En cela consiste toute l’innéité de l’âme humaine, telle que la conçoit Condillac. Mais comment, avec une pareille âme, l’homme peut-il être libre ? Il est vrai qu’on pourrait demander aussi bien comment il peut réfléchir, juger, raisonner, abstraire, imaginer, désirer, aimer, toutes choses qui impliquent une certaine activité dont un être aussi passif est radicalement incapable. Ce n’est pas seulement la liberté qui devient impossible ; c’est la personnalité elle-même dont la conscience est la première condition. Or, de la sensation à la conscience, il y a l’abîme qui sépare l’être passif de l’être actif. Vis suî conscia, suî compos, tel est le minimum de l’être humain que l’école de la sensation pure n’expliquera jamais.

L’empirisme de Locke laissait subsister à peu près toutes nos idées, même celles que l’idéalisme de Descartes et de Malebranche avait réunies sous le nom d’idées innées, sauf à leur assigner l’expérience pour unique origine. La critique de Hume va jusqu’à supprimer ces idées avec leurs caractères propres, en les confondant avec toutes les associations ou relations qui ont pour lien une simple succession et pour principe l’habitude. Il explique ainsi toutes nos liaisons d’idées qu’il réduit à trois classes, ressemblance ou contraste, contiguïté de temps et de lieu, causalité. Son analyse du concept de causalité est le point le plus saillant et le plus connu de cette critique radicale. « La raison ne peut rien affirmer sur la relation de causalité, car elle ne peut sortir d’elle-même ni s’élever au-dessus d’une proposition identique. Quant à l’expérience, elle nous apprend, il est vrai, que tel fait est accompagné de tel autre, mais elle ne nous autorise pas à dire : tel fait est l’effet, le fruit de tel autre, et en résultera toujours. Nous sommes accoutumés à voir une chose succéder à une autre dans le temps, et nous nous imaginons que celle qui suit dépend de celle qui précède. Nous attribuons à celle qui précède une force, un pouvoir dont celle qui suit serait l’exercice ou la manifestation ; nous supposons une liaison de dépendance entre l’antécédent et le conséquent. Et pourtant, la sensation ne nous révèle qu’une simultanéité, une succession, une conjonction entre deux faits ; elle n’atteste pas de connexion nécessaire. » Ceci n’est pas contestable pour la succession ou association de phénomènes physiques dont la relation intime ne peut être dégagée que par l’induction. Mais, dans l’ordre des faits de la vie intérieure, n’y a-t-il pas des relations de cause à effet dont nous sommes avertis par le sentiment intime ? La subtile critique de Hume poursuit sa thèse jusque dans le monde de la conscience. « On objecte que la réflexion nous conduit à croire que nous avons en nous une force par