Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/37

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

constante des phénomènes dans les mêmes conditions : en un mot, pour employer l’expression de Kant, la finalité dans les exemples cités, n’est qu’un principe régulateur, la causalité est toujours un principe constructif.

En outre, lors même qu’on suppose que tous les grands phénomènes de la nature ont leurs causes finales, on ne l’admet que pour le phénomène pris en gros, mais non pour chacun de ses détails. Par exemple, étant donné qu’il faut des volcans, et que cela est bon, il s’ensuivra nécessairement des éruptions qui amèneront mille accidents particuliers ; mais chacun de ces accidents a-t-il donc sa cause finale ? c’est ce qu’il est difficile de croire. Le phénomène général étant supposé utile, les causes qui le produisent doivent se répercuter d’une manière infinie dans un million de petits faits particuliers qui n’ont de valeur et de signification qu’autant qu’ils font partie de l’ensemble, mais qui, pris en eux-mêmes, ne sont que des effets, et non des buts.

Pour emprunter une comparaison à l’expérience humaine, lorsque par un mélange détonnant nous faisons sauter des quartiers de roche pour nos routes ou nos chemins de fer, évidemment la seule chose qui puisse être appelée un but, c’est le phénomène général de l’explosion ; mais que cette explosion brise la pierre en mille morceaux, ou en deux mille, que ces morceaux soient ronds, carrés ou pointus, qu’ils soient transportés à gauche ou à droite, cela importe peu à l’ingénieur. Ces détails ne l’intéressent qu’en tant qu’ils pourraient troubler le phénomène général, ou amener tel ou tel malheur ; mais ses précautions une fois prises, nul ne peut dire que tel effet, pris en soi, soit une fin ou un but : et cependant, encore une fois, chacun de ces accidents, si minime qu’il soit, a une cause.

S’il y a dans l’univers un grand nombre de phénomènes qui ne suggèrent en aucune manière l’idée d’un but, en revanche il en est d’autres, qui, à tort ou à raison, provoquent cette idée impérieusement et infailliblement : tels sont les organes des êtres vivants, et surtout des animaux supérieurs. Pourquoi cette différence ? Qu’y a— t-il de plus dans ce cas que dans le cas précédent ? Si le principe de finalité était universel et nécessaire comme le principe de causalité, ne l’appliquerait-on pas partout comme celui-ci, et avec la même certitude ? Il n’y a point de ces différences pour les causes efficientes. Partout on affirme qu’elles existent, et on l’affirmé également. Il n’y a pas de phénomènes qui soient plus évidemment des effets que d’autres. Nous en connaissons ou nous n’en connaissons pas la cause ; mais, connue ou inconnue, elle est ; et elle n’est pas plus probable ici que là. Au contraire, ceux-là mêmes qui affirment