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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/363

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VIII


On a vu qu’en vertu de la répétition les faits habituels devenaient de plus en plus faciles et exigeaient une moindre somme de causalité. Cela tient, avons-nous dit, à une accumulation de force dans l’organisme, à la suppression des résistances et des habitudes contraires, et enfin à l’adaptation de plus en plus complète de tous les phénomènes de l’organisme avec l’habitude consolidée. Nous avons maintenant à montrer la contre-partie de ce phénomène, c’est-à-dire que la cause extérieure, si elle reste la même, modifie de moins en moins l’organisme à chaque répétition nouvelle. Quand elle a opéré un changement définitif, elle n’a plus à le produire de nouveau. C’est pourquoi certaines excitations qui, la première fois que nous les avons éprouvées, ont profondément troublé notre équilibre, agissent ensuite de moins en moins sur nous et finissent par ne plus produire aucune impression. C’est ce que l’on appelle l’accoutumance.

L’accoutumance peut se produire de trois manières : 1° ou bien par une action directe de la cause extérieure qui engendre graduellement une manière d’être dans l’organisme ; 2° ou bien indirectement par l’action de la cause extérieure qui détruit graduellement des habitudes contraires ; 3° ou enfin par un arrangement spontané de l’organisme résultant d’un superflu de forces disponibles et déterminant l’organe à se mettre de lui-même en adaptation avec les conditions de l’objet extérieur.

I. Les faits de la première catégorie sont les plus simples et les plus faciles à expliquer. Chacun sait que la compression à la longue déforme un organe, comme le prouve le pied de la Chinoise ; mais au delà d’un certain degré, la compression n’agit plus. Un accroissement de nourriture amène un accroissement des tissus ; mais cet accroissement ne peut dépasser une certaine mesure. L’introduction d’une idée nouvelle dans l’esprit y cause un certain trouble qui nécessite l’attention ; une fois que l’intelligence y est habituée, l’objet de cette idée passe inaperçu. La joie et la tristesse sont causées par des pensées nouvelles qui changent les rapports d’adaptation de nos pensées ; l’idée triste rend impossibles certaines associations habituelles ; mais avec le temps la tristesse s’efface et l’objet qui l’avait causé, bien qu’il continue à subsister, nous laisse indifférents. Une idée joyeuse, au contraire, réagit sur les autres idées en les excitant ; une fois l’harmonie établie, le calme revient complétement. L’acqui-