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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/351

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excédé la réparation, la mémoire retient moins parfaitement, et que les efforts intellectuels ne profitent plus. Il est inutile d’étudier quand la tête est fatiguée. Après plusieurs heures consacrées à écouter de la musique, les derniers airs restent bien moins gravés dans la mémoire que les premiers ; de même après plusieurs heures passées dans un musée, les derniers tableaux que nous voyons laissent en nous, toutes proportions gardées, des impressions beaucoup moins profondes que les premiers. Le contraire se produit après des moments de repos ou d’ennui, après un bon repas, dans les dispositions de gaieté et de bonne humeur, toutes les fois en un mot que nous avons en nous un superflu de forces disponibles. En ce cas, les objets les plus insignifiants laissent en nous des traces ineffaçables. C’est à cause de la diversité de nos dispositions au point de vue des conditions de nutrition que le souvenir de détails sans importance nous revient quelquefois plus facilement que celui d’événements beaucoup plus graves.

L’importance de l’attention pour l’acquisition des habitudes s’explique par une combinaison de la condition positive d’excitation et de la condition négative de nutrition. L’attention étant une hypérémie locale, volontaire ou involontaire, elle favorise l’exercice des organes vers lesquels elle se porte et peut contribuer à la conservation des modifications qu’ils ont subies. Mais en revanche, comme toute hypérémie locale ne peut avoir lieu qu’au détriment de l’afflux du sang dans d’autres organes, l’attention nuira à l’acquisition d’habitudes là où elle n’est pas dirigée. Il faut, par conséquent, pour qu’une excitation produise un effet durable, qu’elle commande l’attention et l’empêche de se porter, dans le même moment, vers d’autres impressions. Ainsi, des impression simultanées se nuisent réciproquement, à moins de s’unir pour former une conception d’ensemble. Nous conservons par exemple le souvenir d’une promenade sur un lac, du son lointain des cloches, de la présence d’une personne chérie et d’une conversation intéressante, toutes impressions qui, ressenties simultanément, deviennent les éléments d’un souvenir total dont chacun aura la propriété de réveiller les autres. Mais toutes les impressions qui, dans le même moment, seront arrivées jusqu’à nous sans attirer notre attention absorbée, ne laisseront dans le cerveau absolument aucune trace.