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Parlons d’abord de l’excitation. Il faut qu’elle ait assez de force pour pénétrer jusqu’à l’organe dont elle doit augmenter les mouvements élémentaires, suivant certains rapports de direction. Il faut, en outre, qu’elle puisse lui donner la force de vaincre la résistance que cette augmentation de mouvement rencontrera de la part des autres organes. Il faut enfin qu’elle ait assez d’intensité pour se communiquer en partie à ces autres organes, de manière à les changer eux-mêmes et à leur imposer une manière d’être qui leur permette de rester en équilibre avec l’augmentation de mouvement dans l’organe exercé. Si cette dernière condition pouvait être remplie d’une manière complète, l’habitude serait créée du premier coup. Mais le plus souvent l’excitation n’a pas une force suffisante, et elle est obligée de suppléer à ce qui lui manque en intensité par la fréquence de ses répétitions. À chaque répétition, de nouvelles résistances peuvent être détruites et l’excitation reprend l’œuvre commencée ; l’organe exercé ne trouve pas toujours, à chaque nouvel exercice, les organes voisins affectés de la même manière ; il oblige, par conséquent, d’autres groupes de faits à se mettre en adaptation avec lui-même, et il ne supprime pas seulement les réactions dans un cas déterminé, mais il finit par supprimer celles qu’il pourrait avoir à subir dans tous les cas possibles. Comme chaque fois l’exercice trouve plus de facilité à s’accomplir, en raison de ce qui a été accumulé dans les reproductions précédentes, une partie de la force employée les autres fois à vaincre le plus prochain obstacle peut dorénavant pénétrer plus loin et aller modifier de nouvelles couches organiques.

La prolongation d’une excitation agit de la même manière que sa répétition, car elle équivaut à un renouvellement incessant de force venant du dehors. D’un autre côté, les répétitions du même fait sont d’autant plus efficaces qu’elles sont moins éloignées les unes des autres ; quand de trop grands intervalles les ont séparées, des excitations d’un ordre différent ont pu détruire la modification imprimée à l’organe et la remplacer par une autre.

Quant à la nutrition, nous avons dit que c’était une condition négative. Nous entendons par là que, si les matériaux réparateurs du sang n’affluent pas dans l’organe en quantité assez considérable pour permettre aux mouvements d’assimilation et de désassimilation de s’accélérer proportionnellement à l’augmentation d’exercice de l’organe, cette augmentation ne peut pas avoir lieu ; l’excitation est comme non avenue, et la force qu’elle introduisait dans l’organisme doit prendre un autre cours. C’est un fait bien connu que, dans les moments d’épuisement, c’est-à-dire quand la dépense de matériaux a