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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/348

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nutrition, devient, par conséquent, une des conditions de la conservation de toute habitude acquise.

S’il est vrai que la fonction dépende de l’organe, on a dit avec non moins de raison que c’est la fonction qui donne naissance à l’organe. L’organe s’est accru ou perfectionné, en effet, par la combinaison de ses manières d’être acquises avec des forces venant du dehors et qui ont modifié son exercice en intensité ou en direction, en quantité ou en qualité. De ces modifications successives, il en est qui ont disparu avec l’excitation elle-même, par suite des réactions des autres organes ; mais il en est d’autres qui ont été conservées au moins en partie, et ce sont ces modifications partielles qui, s’ajoutant les unes aux autres, ont amené l’organe à l’état où il se trouve actuellement. Un organe n’est, en dernière analyse, que de la force accumulée.

On sait que tous les organes s’accroissent par l’exercice, et il est à peine nécessaire de rappeler les exemples bien connus des bras du forgeron ou de la jambe du danseur ; personne n’ignore que le cœur s’hypertrophie quand il a à surmonter un obstacle dans le système vasculaire, et que les gencives durcissent chez ceux qui sont forcés de mâcher leurs aliments sans le secours des dents.

Pour expliquer cette augmentation de l’organe par l’exercice, Herbert Spencer nous paraît avoir attaché une trop grande importance à l’hypérémie et à l’afflux du sang dans l’organe exercé. Selon nous, cet afflux du sang est une conséquence et non la cause de l’accroissement. Spencer soutient que l’augmentation dans une fonction présuppose une augmentation dans les autres fonctions qui sont ses conditions. Un travail supplémentaire imposé à un muscle implique, selon lui, un travail supplémentaire dans les ramifications artérielles qui lui fournissent le sang, ainsi qu’aux veines plus ou moins larges qui servent à l’écoulement de ce sang et des matériaux usés ; si l’organe, après l’exercice, se maintient dans un état d’accroissement, c’est qu’un afflux extraordinaire de sang doit continuer pendant quelque temps à être envoyé à un organe qui a été exercé d’une manière extraordinaire, et quand cet exercice extraordinaire a été longtemps continué, il en résulte un accroissement permanent de vascularisation.

Nous sommes disposé à renverser les termes de cette explication. Si elle était rigoureusement exacte, il faudrait admettre qu’une excitation, avant de mettre en jeu un organe, dût modifier d’abord la circulation et l’état des vaisseaux qui règlent le cours du sang dans cet organe. Il nous paraît plus simple de ne voir dans l’hypérémie qu’un fait secondaire, une conséquence ; nous croyons que c’est l’ex-