Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/347

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

une force extérieure se trouve en relation avec l’organisme, elle est modifiée par l’organe avec lequel elle se trouve en contact, suivant les habitudes de cet organe, mais seulement dans les limites où les habitudes du reste de l’organisme permettent à cet organe particulier d’exercer ses fonctions. En même temps cette force extérieure agit de son côté d’une certaine manière sur l’organe ; elle lui impose une modification, et alors de deux choses l’une : ou bien cette modification nouvelle de l’organe peut coexister avec les habitudes du reste de l’organisme, ou bien elle ne le peut pas. Dans le premier cas, la série des changements ne s’étend pas plus loin ; dans le second cas, au contraire, une adaptation nouvelle des habitudes de l’organisme devient nécessaire ; l’organe modifié impose une modification aux autres organes ; ceux-ci modifiés à leur tour réagissent sur lui autrement qu’ils ne le faisaient auparavant et souvent même réagissent sur lui de manière à lui faire reprendre son état antérieur. Ainsi une lutte s’engage entre la force extérieure et l’organisme ; si la première a assez de pouvoir pour triompher, l’organisme reste changé par elle et a contracté une habitude nouvelle ; si, au contraire, elle n’a pas un pouvoir suffisant, l’organisme partiellement et momentanément troublé, revient plus ou moins vite à son équilibre antérieur. Quand la force est de nature à imposer des modifications à un organe malgré la résistance de l’organisme entier, et que cet organisme ne peut s’adapter à cette modification nouvelle, il se trouve détruit.

Dans les organismes vivants, nous sommes en présence d’une complication plus grande encore, parce qu’aux deux sources de mouvements consistant, l’une dans les habitudes anciennes des organes, l’autre dans les excitations qui viennent les modifier, s’en ajoute encore une troisième qui consiste dans les mouvements de nutrition, d’assimilation et de désassimilation. Mais cette dernière espèce de mouvements se subordonne aux deux premières : quand les deux premiers mouvements de cohésion et d’excitation combinés deviennent plus intenses, la nutrition s’accroît en vitesse, à moins toutefois que les matériaux nutritifs ne viennent à manquer, comme il arrive dans le cas de la fatigue. De même, au point de vue de la forme, quand la résultante des mouvements de cohésion et d’excitation amène un changement dans la disposition relative des parties d’un organe, la nutrition s’accomplit suivant cette disposition nouvelle ; quand cette modification nouvelle devient permanente, l’assimilation et la désassimilation se continuent dans la mesure et suivant la forme que l’excitation avait imprimées à l’organe, à moins qu’une cause intercurrente ne vienne troubler ce nouvel équilibre. Ce phénomène, que nous pourrions appeler en quelque sorte l’inertie de la