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produite qu’une seule fois, mais qui se serait prolongée pendant une durée d’un jour, équivaut naturellement à la production vingt-quatre fois répétée à des intervalles quelconques du même état pendant une seule heure. Peut-être enfin faut-il ajouter à la répétition ou à la prolongation du mouvement, comme une cause aussi puissante de l’habitude, l’intensité du mouvement, la vivacité de l’impression ou l’énergie de l’effort… Le second mouvement, qui ne peut résulter d’une répétition, puisqu’il n’a été précédé que d’un acte unique et premier dont il est lui-même la répétition, qui peut cependant expliquer le troisième et lui transmet, pour être indéfiniment augmentée, la force génératrice de l’habitude, quelle est à lui sa raison d’être et d’où lui vient sa puissance de préparer l’acte futur ? Il faut de toute nécessité reconnaître qu’elles sont dans le premier acte, que le second est déjà, pour une part si faible que l’on voudra, un effet de l’habitude, sans qu’il résulte cependant de la répétition plus ou moins fréquente d’un même mouvement ; mais qu’il suffit d’un premier mouvement pour créer le germe d’une habitude, auquel chaque mouvement ultérieur ajoutera quelque nouveau développement. » Ainsi la répétition ne fait que fortifier l’habitude ; mais un acte, même quand il n’a été accompli qu’une seule fois, laisse déjà après lui, une disposition qui est le point de départ de l’habitude. Si le premier accomplissement ne créait déjà l’habitude, des milliers de répétitions ne pourraient lui donner naissance ; car la répétition ne peut produire qu’une accumulation, et à cette accumulation chaque acte, même le premier, doit avoir contribué dans une certaine mesure. Aristote avait déjà fait remarquer que « certains esprits contractent en une seule impression, une habitude plus complète que d’autres par suite d’une répétition fréquente de la même impression. Il y a aussi des choses, ajoute-t-il, dont nous nous souvenons beaucoup mieux, pour les avoir vues une seule fois, que nous ne nous souvenons de certaines autres que nous avons vues souvent[1]. »

Si l’habitude ne peut être exactement définie par la répétition, elle ne peut l’être davantage au moyen des notions de tendance ou de penchant auxquelles un grand nombre d’auteurs cherchent à la ramener. M. Murphy, par exemple, qui a publié un livre intitulé : L’habitude et l’intelligence[2], définit l’habitude par « la tendance qu’ont certains faits à se répéter, ou, s’ils ne sont pas de nature à se répéter spontanément, à devenir du moins plus faciles par la répétition. » Nous pensons, au contraire, que la tendance ou le

  1. De memoria et reminiscentia, c. ii, § 3.
  2. Habit and intelligence, London, 2 vol. in-8, 1869.