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que la transformation, dans le cerveau, d’une excitation en réaction motrice, implique cette autre idée que la forme donnée à cette réaction et son mode de direction dépendent de la conformation du cerveau, c’est-à-dire que le cerveau reçoit du dehors une certaine quantité de force qu’il restitue au dehors, transformée conformément aux habitudes acquises de l’organe.

Il arrive souvent que la série de faits constituant un phénomène de. volonté ne s’accomplit pas dans l’ordre que nous avons indiqué. Au lieu de présenter : 1° l’idée du but ; 2° l’idée d’un moyen ; 3° l’acte réalisant ce moyen, — l’ensemble des faits peut se produire de la manière suivante : 1° exécution du moyen, sous l’influence de causes accidentelles, autres que l’idée du but et que l’idée du moyen ; 2° idée du moyen éveillée par l’aperception que nous en avons en l’exécutant ; 3° prévision du but ou résultat suggérée par l’idée du moyen. Bien que dans ce cas ce ne soit plus l’idée de la fin qui cause l’acte, mais au contraire l’acte qui réveille l’idée de la fin, on désigne encore la série des faits sous le nom de la volonté ; la volonté n’est alors que la prévision des conséquences d’un acte accompli par nous sous l’influence d’excitations quelconques. Au lieu de faire une chose parce que nous la voulons, nous la voulons parce que nous la faisons. Que de fois nous commençons machinalement un acte, et disons ensuite que nous voulons faire telle chose, qui sera précisément le résultat de cet acte ! Un employé se lève le matin, s’habille et sort, sans que l’idée du lieu où il doit se rendre se soit présentée un seul instant à son esprit ; si cependant un ami le rencontre et lui demande pourquoi il est sorti de si bonne heure, il répondra qu’il veut aller à son bureau. Un chasseur tire sur un perdreau qui se lève tout-à-coup devant lui ; il a lâché tout d’abord la détente de son fusil à la seule vue du gibier, avant d’avoir eu le temps de se représenter l’idée de sa mort ; si néanmoins on lui demande pourquoi il a tiré un coup de fusil, il répondra qu’il voulait tuer ce perdreau. Ainsi la volonté est tantôt un acte causé par l’idée de son but ; et tantôt l’idée du but d’un acte éveillé par la conscience de l’accomplissement de cet acte. Tantôt nous agissons sous l’influence du raisonnement, et tantôt nous ne faisons que raisonner nos actes. Nicole disait avec beaucoup de justesse : « Ce n’est pas toujours la raison qui se sert des passions, mais les passions qui se servent de la raison pour arriver à leurs fins. » Mais dans un cas comme dans l’autre, l’habitude est la condition de tous les phénomènes, et rien n’est moins exact que d’oppo-

    1 vol. in-8°. J.-B. Baillière, 1874. — Voyez, dans la Revue scientifique du 8 janvier 1876, notre article sur l’Action réflexe cérébrale.