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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/338

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absolu du mot nous raccordons ; oui, elles en ont eu conscience si l’on entend par là de simples sensations diffuses, discontinues, non coordonnées en un système personnel. Mais si l’on veut parler de connaissance, d’aperception distincte, si l’on veut attribuer aux plantes quelque chose comme le Moi des hommes et des animaux, nous ne pouvons plus l’admettre. La Mimosa pudica ferme ses feuilles chaque soir ; si pendant quelque temps on la tient la nuit dans un lieu vivement éclairé et dans une cave pendant le jour, elle continue pendant quelque temps à veiller le jour malgré l’obscurité, et à dormir la nuit malgré la lumière ; mais à la longue, elle contracte des habitudes nouvelles et on la voit s’accoutumer peu à peu à fermer ses feuilles pendant le jour et à les ouvrir pendant la nuit. Est-ce qu’elle a eu conscience, dans le sens de la personnalité intelligente, du changement de circonstances où on l’avait placée et de l’adaptation qu’elle a eu à accomplir ? Il y a eu peut-être dans ses différentes parties des sensations nouvelles, mais ces sensations n’ont pu constituer ni pensée, ni volonté ; elles n’ont pu être rapportées à un centre, à un Moi. Nous expliquerons plus loin comment des adaptations de ce genre peuvent avoir lieu sans intelligence et sans finalité.


III


Ainsi la conscience et l’inconscience, relativement à l’intelligence personnelle et au Moi, dépendent de tout autres conditions que de l’acquisition d’habitudes nouvelles d’une part, et de l’exercice d’habitudes acquises d’autre part. Quant à la volonté, loin d’exclure l’habitude ou d’être exclue par elle, elle l’implique nécessairement ; et s’il est vrai que beaucoup d’actes habituels puissent être accomplis involontairement et parfois même, quand l’habitude est trop forte, en dépit d’une volonté contraire, il n’est pas moins vrai que tout acte volontaire suppose des habitudes acquises. Il suffit, pour se rendre compte de cette condition, de bien comprendre en quoi consiste la volonté. Nous avons plus d’une fois donné cette définition, que la volonté est la causation d’un acte par l’idée des conséquences ou du but de cet acte. Le rapport de l’acte avec la réalisation du but s’accomplit le plus souvent hors de nous par une série de faits ou de moyens auxquels nous pouvons rester étrangers. Mais l’acte qui est le premier de ces moyens, le point de départ de cette série, dépend de nous-mêmes et est, nous l’avons dit, lié à l’idée du but de ces