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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/313

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chimie. Kant, dans l’introduction aux « Principes de la. métaphysique de la nature », ne considère la chimie que comme un art empirique, et lui refuse le nom de science, parce qu’il ne croit pas qu’elle comporte l’application des mathématiques. On sait ce qu’il faut penser aujourd’hui de ce jugement. Il n’en est pas moins remarquable de voir avec quelle pénétration le philosophe devinait la voie, qui seule pouvait conduire la chimie aux découvertes. — C’est surtout dans les récents progrès des sciences naturelles, que M. Stadler découvre la confirmation la plus complète des vues de Kant sur la finalité formelle. Les lois de la classification se retrouvent dans les principes d’homogénéité, de spécification et de continuité que l’appendice à la dialectique transcendentale nous expose en détail. La distinction et le rôle respectif des classifications naturelles et artificielles n’ont pas toujours été aussi bien entendus par les modernes logiciens, Uberweg, Trendelenburg, Mill, que par le père de la téléologie critique. Si, depuis Darwin, la morphologie (Haeckel a rendu le mot classique) fonde la séparation des espèces et des genres, non plus sur les caractères qui différencient les êtres, mais sur leurs rapports généalogiques ; si, en un mot, elle attache plus d’importance à l’histoire du développement qu’à la description des organismes : cette distinction féconde avait été déjà faite par Kant dans les trois essais suivants : « Des différentes races humaines, 1775. » — « De la notion d’une race humaine, 4785. » — De l’usage des principes téléologiques dans la philosophie, 1788. » Les classifications, fondées sur la description des êtres, offrent « l’aspect imposant de vastes systèmes » : mais ce ne sont en réalité que des répertoires utiles pour la mémoire. « Une véritable histoire de la nature, qui nous manque aujourd’hui complètement… aurait sans nul doute pour effet de déduire une foule de prétendues espèces à n’être que des variétés d’une seule et même espèce. Elle transformerait la classification si répandue dans les écoles, qui ne repose que sur la pure description, en un système vraiment fait pour l’entendement, et ajouterait à notre science des phénomènes physiques. » Kant pressent, dans une certaine mesure, les hypothèses de la doctrine évolutionniste. Il s’arrête même un instant à la pensée que l’origine des espèces pourrait s’expliquer par le jeu des forces mécaniques. On connaît le célèbre passage de la critique du jugement, où il nous représente la nature s’éveillant au sein du chaos comme un immense animal (ein grosses Thier) ; et, dans cet état primitif de fécondité exceptionnelle, produisant par des générations successives des êtres de formes de plus en plus parfaites, qui s’accommodent aux milieux les plus différents et finissent par se fixer dans les types désormais immuables des espèces actuelles. Kant, au milieu des témérités où son imagination se complaît un instant, s’en tient néanmoins prudemment à la doctrine de la fixité des espèces une fois constituées ; et cela, au nom du principe de la finalité formelle, c’est-à-dire sous le prétexte que l’ordre et l’intelligibilité de la nature exigent qu’il en soit ainsi. L’état où se trouvait la science de son temps explique sa