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ceptibles d’être ramenées à une explication logique, à la classification ». « L’hypothèse » du jugement téléogique est une « règle », un fil conducteur, non un principe constitutif. N’avons-nous pas déjà, dans la critique de la raison pure, énuméré les principes constitutifs et les principes régulatifs, qui doivent gouverner l’expérience ? Les catégories répondent aux premiers ; les idées transcendentales, aux seconds. À quoi bon un principe nouveau ? Le jugement téléologique fait donc double emploi. Kant oublie, en apparence au moins, que, pour ramener à un système logique l’infinie diversité des propriétés des choses, il a fait appel, dans la Critique de la Raison pure, à l’idée transcendentale, surtout à la troisième Idée. — M. Stadler n’a pas de peine à montrer qu’en effet l’Idéal de la raison pure n’est pas autre chose que l’idée d’un système logique de toutes les réalités (Inbegriff aller möglichen Prädicate). Dans l’appendice, qui accompagne la dialectique transcendentale, l’Idée comme principe régulatif de classification est étudiée dans la variété de ses formes et de ses conséquences. Mais la dialectique transcendentale insiste surtout sur la signification générale de l’Idée, et s’attache principalement à en prévenir l’usage « transcendant ; » l’introduction à la critique du jugement et la théorie du jugement cherchent à déterminer dans le détail les applications empiriques, qui peuvent être faites du principe téléologique. Kant lui-même d’ailleurs reconnaît expressément le rapport de l’Idéal de la raison et de l’Hypothèse du jugement, lorsqu’il appelle cette dernière une maxime « que la raison {Vernunft) suggère au jugement (Urtheilskraft), un principe subjectif, que la raison donne au jugement. »

M. Stadler passe ensuite à l’examen des objections qui ont été dirigées contre le principe téléologique de Kant par Stuart-Mill, Trendelenburg et Herbart. Le premier en nie les caractères à priori, et n’y voit qu’une généralisation de l’expérience ; le second en conteste le caractère subjectif et purement régulatif. Herbart enfin déclare expressément qu’il considère la critique du jugement comme indigne du génie de Kant ; et lui reproche principalement de confondre les concepts du possible, du réel, du nécessaire, alors que la critique de la raison pure les avait si nettement définis. Les réponses de l’auteur méritent d’être étudiées. Indiquons rapidement celles qu’il fait à Mill. Ce philosophe enveloppe le principe des causes finales dans la même critique qu’il dirige contre celui des causes efficientes. Il soutient que rien n’empêche la raison de concevoir que le principe de causalité ne régisse pas une planète différente de la nôtre : il oublie que la certitude de l’existence de cet autre monde reposerait elle-même sur l’application du principe de causalité. — Le logicien anglais nie encore que l’expérience puisse établir la certitude soit de la causalité, soit de la finalité, mais il ne va pas jusqu’à nous interdire de calculer les probabilités : cependant la mesure de la probabilité ne peut se fonder que sur les données de l’expérience, et celle-ci, à son tour, repose sur la causalité. — Pour Kant, la légitimité du principe de la finalité formelle, comme celle de