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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/29

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ferma des animaux d’une autre espèce, les sons distincts qui les désignaient durent être évités avec un soin particulier parce qu’ils auraient produit une méprise. — De même encore, il était assez facile d’imiter les cris du coucou et du coq, et les sons coucou, coq pouvaient être employés comme les signes phonétiques de ces deux oiseaux. Mais quand on eut besoin d’un signe phonétique pour indiquer le chant d’oiseaux plus nombreux, ou peut-être de tous les oiseaux possibles, toute imitation d’une note spéciale devint, non-seulement inutile, mais dangereuse ; et rien ne pouvait conduire au nouveau but, sauf un compromis entre tous ces sons imitatifs, une usure, un frottement, un effacement de tous leurs angles aigus et distinctifs. Ce frottement qui ôte à chaque son imitatif sa spécialité marche tout à fait parallèlement à la généralisation de nos impressions, et nous n’avons pas d’autre moyen de comprendre comment, après une longue lutte, les vagues imitations phonétiques d’impressions spéciales devinrent les représentations phonétiques définies de concepts généraux.

« Par exemple, il dut y avoir beaucoup d’imitations exprimant la chute d’une pierre, d’un arbre, d’une rivière, de la pluie, de la grêle ; mais à la fin elles se combinèrent toutes dans la racine simple Pat, exprimant le mouvement rapide, soit pour tomber, soit pour fuir, soit pour courir. En abandonnant tout ce qui pouvait rappeler à l’auditeur le ton spécial de tel objet emporté par un mouvement rapide, la racine Pat devint apte à signifier le concept général de mouvement rapide, et cette racine, par sa végétation, fournit ensuite une quantité de mots en sanscrit, en grec, en latin, et dans les autres langues aryennes. En sanscrit nous trouvons patati, il vole, il plane, il tombe ; patagas et patangas, un oiseau, et aussi une sauterelle, patatram une aile, la feuille d’une fleur, une feuille de papier, une lettre ; pattrin un oiseau ; patas tomber, advenir, accident, et aussi chute dans le sens de péché. En grec πέτομαι, je vole, πετηνός ailé, ὡσκυπέτης qui vole ou court rapidement, ποτή fuite, πτερόν et πτέρυξ plume, aile, ποταμός rivière ; πίπτω je tombe, ποτμός chute, accident, destin, πτῶσις chute, cas, d’abord dans le sens philosophique, puis dans le sens grammatical. En latin peto, tomber dessus, assaillir, chercher, demander, et ses nombreux dérivatifs ; impetus, élan, assaut, prœpes qui vole rapidement ; penna plume, anciennement pesna pour petna, etc.

« Après ces développements, on comprendra comment les racines ou types phonétiques sont en réalité les derniers faits auxquels remonte l’analyse du langage, et comment, à un point de vue plus haut et philosophique, elles comportent néanmoins une explica-