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imaginèrent de compliquer l’expérience de diverses manières.

Voici en deux mots la méthode employée : Le sujet de l’expérience est prévenu qu’il va recevoir un choc électrique au pied droit et qu’il doit réagir avec la main droite : le temps physiologique est, comme nous l’avons vu plus haut, de 1/7 de seconde.

L’expérience est recommencée dans des conditions nouvelles. Le sujet ne sait pas quel pied recevra le choc ; mais c’est la main du même côté qui doit encore réagir. De là une certaine indécision. Or, dans ce dernier cas, le temps physiologique est plus long que dans le premier d’environ 1/15e de seconde.

Nous avons ici un acte psychique extrêmement simple, puisqu’il se réduit à comparer deux perceptions, l’une réelle, l’autre possible, et à agir en conséquence. Cette expérience établit donc que l’état de conscience le plus élémentaire a une durée mesurable. Donders appliqua le même procédé d’expérimentation aux impressions visuelles, aux impressions auditives et il fut conduit à des résultats analogues.

Ces recherches curieuses furent continuées par Helmholtz, Mach, Baxt et plus récemment par Exner (de Vienne), dans un mémoire important qui a pour titre : Recherches expérimentales sur les processus psychiques les plus simples[1]. Ce physiologiste fait usage des impressions brusques causées par l’électricité sur la peau, la rétine, etc. Sur un cylindre entouré d’un papier enfumé s’inscrivent d’abord l’excitation, puis la réaction du sujet qui consiste en l’abaissement brusque d’un levier. Un intervalle sépare les deux signaux sur le papier enfumé, et comme la vitesse du cylindre est connue d’avance, la durée de la réaction peut être calculée à un dix millième de seconde près.

Exner, dont nous donnons plus loin les résultats, a étudié avec beaucoup de soin les conditions accidentelles qui influent sur la durée du temps physiologique.

Avant tout, le degré d’attention a une influence prépondérante sur la durée de la réaction. Plus l’attention est grande et plus cette durée est petite ; quand l’attention est à son maximum y la durée de la réaction est à son minimum.

La durée varie aussi beaucoup suivant l’organe affecté et suivant l’endroit du corps auquel s’applique l’excitant.

  1. Experimentelle Untersuchingen der enfachsten psychischen Processe dans Pflügers Archiv, 1873, Bd. VII, pp. 601-669. Les instruments employés pour mesurer la durée des actes psychiques varient suivant les expérimentateurs. On sert des chronoscopes de Pouillet, de Hipp ; de l’appareil enregistreur de Krille, de Hankel, etc. Pour leur description, voir les ouvrages cités et particulièrement Marey : Du mouvement dans les fonctions de la vie.