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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/264

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Platon, c’est à Socrate que remonte cette grande tradition de la révélation intérieure, source de toute vraie science. La voix du démon de Socrate n’était déjà qu’un écho de cette Raison divine qui sera le λόγος de Platon avant d’être le Verbe de saint Jean, de saint Augustin et de Malebranche. C’est Socrate qui est le père de toute cette doctrine idéaliste dont la chaîne commence à Platon et se prolonge jusqu’à la philosophie contemporaine.

Telle est la doctrine constante et universelle parmi les philosophes du xviie siècle ; les petits cartésiens la professent avec la même énergie, sinon le même éclat que les grands. Or, cette doctrine est le principe même de la méthode métaphysique. Étant admises les idées innée, soit comme de simples principes de l’entendement, soit comme les êtres d’un monde distinct et supérieur dont Dieu est la substance, il ne s’agit plus, pour arriver à la vérité philosophique par excellence, que de fixer l’œil de l’esprit sur ces vérités, d’en saisir l’ordre logique par un effort de méditation, et d’élever ainsi, sans autres matériaux que des abstractions, ce magnifique palais d’idées qui charmait l’imagination spéculative de Malebranche et de ses contemporains. On comprend comment, avec une pareille méthode, la philosophie avait peu besoin du secours des sciences positives, puisqu’elle trouvait dans la pensée elle-même sa base et sa matière. Voilà pourquoi cette philosophie si riche en abstractions, en élévations d’âme, en pages de la plus haute éloquence, est en réalité assez pauvre en vues fécondes, en révélations précises et instructives sur le monde de la nature et sur le monde de l’esprit. C’est que, selon la profonde remarque d’Aristote à propos de la théorie des idées, il ne suffit pas de contempler l’idéal des choses pour en obtenir la véritable science ; il faut y entrer aussi avant que possible par l’expérience et l’analyse, et n’en sortir qu’après qu’on en tient le secret, c’est-à-dire l’essence propre formulée dans une bonne définition. Voilà l’éternelle illusion de la méthode spéculative, quand elle prétend fonder la philosophie des choses sur un petit nombre de principes abstraits qui n’ont pas d’autre origine qu’une simple opération logique. Platon, Descartes, Malebranche, Bossuet, Fénelon, Spinoza lui-même auront beau, dans leur langage mystique ou métaphysique, transformer cette opération en une sorte de seconde révélation rendue possible par la mystérieuse communication, sinon par une absolue identité de la raison humaine et de la raison divine, le résultat sera toujours le même, c’est-à-dire l’impuissance radicale d’en faire sortir quelque chose qui ressemble à un vrai système de la vie universelle.