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qu’ils méritaient. Le problème de l’origine de nos idées ne fut ni posé ni résolu, pas plus que les autres problèmes de même ordre, par les écoles de Thalès, de Pythagore, de Démocrite, de Xénophane et de Parménide, d’Héraclite, d’Empédocle et d’Anaxagore. Tout au plus la distinction de la pensée et de la sensation fut-elle plus ou moins nettement établie par Pythagore, Héraclite, et surtout l’école d’Élée, et encore plutôt en vue de l’objet que du sujet de la connaissance. La différence des choses sensibles et des choses intelligibles, τα αίσθητα, τα νόητα, fut mieux expliquée que la différence des idées et des facultés elles-mêmes correspondant à ces objets.

Socrate, en insistant sur l’universel τα καθ'ὅλου, comme principe de définition, a transformé cette vague distinction en une véritable théorie de la raison et de la science, en opposition à la sensation et à l’opinion sur lesquelles reposait toute la sophistique. Mais s’il toucha à la question de l’origine des idées, ce ne fut qu’indirectement et par sa, méthode d’accoucher les esprits, μαιευτίκη, laquelle suppose une certaine innéité scientifique, puisqu’elle ne prétend rien enseigner qui ne soit déjà dans la pensée de ceux qu’elle accouche. En tout cas, cette solution du problème de l’origine des idées est plutôt une conséquence de la méthode socratique qu’une théorie formellement exposée. C’est Platon qui, le premier, a distingué l’idée de la sensation, en tant qu’actes intellectuels, et a professé ouvertement l’innéité de l’idée, dans sa doctrine de la reminiscence. Selon le disciple, ces deux actes n’étaient pas moins séparés que les deux mondes qui leur correspondaient ; les idées des choses intelligibles, véritables êtres dont les réalités sensibles ne sont que les apparences, préexistent dans l’âme humaine à sa condition sensible et terrestre de manière qu’il suffit de la première sensation venue pour les rappeler à la conscience. En un mot, l’âme n’apprend pas les choses du monde intelligible, les seules dignes de ses recherches ; elle ne fait que s’en souvenir. La science des idées, c’est-à-dire la science véritable, est donc innée ; c’est au fond de l’âme qu’il faut la chercher, non dans ce monde extérieur qui ne peut donner que la simple opinion. Tel est le fondement de cet idéalisme qui substitue la dialectique à l’expérience, dans l’explication des phénomènes du monde physique aussi bien que du monde moral.

Tout autre est le sentiment d’Aristote. Lui aussi reconnaît la distinction de l’intelligible et du sensible, de l’intelligence et du sens : mais, tandis que l’expérience n’est pour Platon qu’une occasion de réveiller l’idée dans l’âme qui la contenait à l’état latent, elle est pour Aristote la vraie source de la notion scientifique, de l’idée proprement dite dont il ne, détache jamais l’objet du monde réel. Le procédé scienti-