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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/210

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diction a reçu depuis longtemps son explication psychologique, nous ne pouvons nous y arrêter : mais on lira avec le plus vif intérêt les pages que l’auteur leur a consacrées. Nous passerons également sur les rapports de l’habitude avec l’intelligence et la sensibilité, bien que ce chapitre abonde lui aussi en observations intéressantes, notamment sur le génie, sur la mémoire, sur le plaisir et la douleur.

Une question qui soulève de plus grandes difficultés, c’est celle des rapports de l’habitude et de la volonté. C’est la volonté, c’est-à-dire le pouvoir que nous avons ou que nous croyons avoir de nous déterminer par nous-mêmes, qui crée ou tout au moins à laquelle on rapporte les plus importantes de nos habitudes. Comment l’effort volontaire augmente la facilité d’agir et prédispose les organes et les facultés à répéter les mêmes actes, c’est ce qu’il est facile d’expliquer par les lois générales de l’énergie et de l’activité. Il n’est pas plus malaisé de se rendre compte de l’affaiblissement graduel de l’effort au fur et à mesure qu’augmente la puissance de l’habitude. Mais l’habitude, une fois arrivée à son apogée, ne va-t-elle pas jusqu’à se soustraire complètement à la direction du pouvoir personnel et à détruire, par sa nécessité automatique, la responsabilité humaine ? Tel n’est pas l’avis de M. Lemoine, qui, pour établir sa thèse commence par distinguer les habitudes volontaires et les habitudes de la volonté. « Les habitudes simplement volontaires sont celles que la volonté impose à ces puissances capables aussi de se déterminer et de se développer spontanément en dehors de sa direction, comme l’intelligence, les sens, l’imagination, les passions, l’énergie locomotrice. Les habitudes de la volonté sont celles que contracte la volonté dans le gouvernement de sa propre conduite. »

Les premières ne sont pas des puissances nouvelles ajoutées à notre nature par un principe d’action capable d’actes spéciaux, ainsi que l’imagine Th. Reid. Elles forment cette « nature habituée » dont nous avons parlé plus haut et qui permet à la volonté de se reposer de plus en plus : il n’y aurait même rien d’étonnant, qu’originairement volontaires elles pussent agir par la suite dans une indépendance absolue ; mais, en fait, il faut reconnaître qu’il est bien rare que la volonté, « tantôt impérative, tantôt seulement permissive », n’intervienne pas dans les mouvements les plus habituels, lorsque ceux-ci lui doivent leur origine. D’ailleurs, remarquons-le bien, les actions humaines ne sont presque jamais le fait exclusif de l’instinct, ou de l’habitude, ou de la volonté, mais l’instinct, l’habitude, la volonté y ont chacun une part plus ou moins considérable. C’est là ce que le psychologue ne doit jamais oublier. Par suite « pour parler exactement, il faut se contenter de dire que si l’on considère la part que prend l’habitude à l’exécution d’un acte, elle se conduit dans les limites de son rôle absolument comme la nature : ce qui se conçoit aisément, puisqu’elle n’est que la nature perfectionnée par la volonté, et ce qui n’empêche pas non plus la volonté d’avoir aussi son rôle dans ce phénomène complexe. »

Mais là où la volonté, d’après M. Lemoine, se conserve toujours tout