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spécimen de l’état présent de la conscience religieuse en Allemagne. Et cela seul suffirait à le recommander comme un document historique de la plus haute valeur à tous ceux qui ont suivi avec l’intérêt qu’elle mérite, par le caractère des hommes et le talent des œuvres qu’elle a suscités, révolution religieuse accomplie au sein du protestantisme français dans ces dernières années.

La traduction que nous annonçons à nos lecteurs, nous paraît de tout point d’une exactitude scrupuleuse. Nous n’aurions qu’à lui reprocher en quelques endroits une fidélité trop littérale (ainsi p. 158 et 170), et l’emploi de termes trop germaniques (ainsi p. 97 « fausseté subjective » et p. 157 « anthropopathisation » ). Mais nous nous bornons à indiquer au traducteur ces taches légères, persuadés qu’il les fera aisément disparaître dans une prochaine édition.




III

PSYCHOLOGIE


A. Lemoine. L’habitude et l’instinct, études de psychologie comparée. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque de philosophie contemporaine (Germer Baillière), 1875.

Parmi les divers ouvrages de psychologie qui ont paru en France depuis un an, il en est un entre tous qui mérite d’être signalé. C’est un ouvrage posthume malheureusement ; c’est le dernier livre, encore est-il en partie inachevé, d’un homme de talent et de cœur trop tôt enlevé à sa famille et à ses élèves.

Comme philosophe, bien qu’il ait été élevé à l’école de Cousin, Albert Lemoine appartient plutôt à la tradition écossaise : il n’avait pas grand goût pour les spéculations de la haute métaphysique ; son esprit circonspect, plutôt que timide, le mettait en garde contre les généralités trop vastes et trop peu appuyées sur les faits. Ce n’est pas dans ses livres qu’on trouvera rien de cette obscurité ambitieuse qui se décore parfois du nom de profondeur : il redoutait les théories aventureuses autant qu’il se défiait des formules pompeuses et sonores. Son talent est avant tout un talent consciencieux, patient, honnête enfin comme l’homme lui-même. Il a eu ce mérite, qu’on lui a reproché quelquefois comme un défaut, de savoir restreindre le champ de ses études afin de n’en laisser aucun point inexploré : il s’est renfermé dans la psychologie, bien mieux dans cette partie de la psychologie qui confine à la physiologie. Mais quelle lumière n’a-t-il pas jetée sur les problèmes qu’il a traités ? Quelle méthode dans ses recherches ! quelle clarté dans ses idées ! quelle sobre et simple élégance dans son langage ! Le der-