Ouvrir le menu principal

Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/200

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tion de l’idée protestante, si l’on veut juger avec quelque compétence l’argumentation de M. de Hartmann. Notre tâche n’est pas de prononcer ici entre les deux parties ; il nous suffit d’avoir indiqué au lecteur les sources principales d’information, auxquelles il pourra puiser.

M. de Hartmann intitule son livre « la Décomposition du christianisme et La religion de l’avenir » (Die Selbstzersetzung des Christenthums und die Religion der Zukunft) : c’est que son dessein est autant d’établir la nécessité et la possibilité d’une religion nouvelle, que de démontrer la décadence et l’impuissance irrémédiable de la foi chrétienne. Là est, à vrai dire, l’inspiration originale de son livre, et ce qui distingue sa tentative de l’œuvre plus ancienne et non moins radicale de Ludwig Feuerbach (das Wesen des Christenthums, 1841). Mais cela ressortira de l’analyse de l’opuscule de M. de Hartmann.

Après avoir, dans le premier chapitre, établi la nécessité d’une religion, mais d’une religion qui ne soit pas hostile au développement de la culture moderne, et affirmé comme une vérité indiscutable que le catholicisme ne répond pas à cette exigence, l’auteur se demande quelle peut être la mission historique du protestantisme. Ce n’est pas de reprendre l’œuvre du catholicisme, ni d’essayer d’adapter le christianisme aux besoins nouveaux de la société. Le rôle véritable du protestantisme est d’entretenir et de discipliner l’esprit de libre examen, et de préparer l’avènement d’une religion nouvelle. Les protestants orthodoxes ont eu tort de croire qu’après avoir ébranlé le principe d’autorité, ils pourraient conserver et maintenir un credo ; et qu’il leur suffirait pour cela de remplacer la foi à l’église romaine par la foi à l’église primitive. En appelant les fidèles à l’interprétation individuelle des Écritures, ils ouvraient un libre champ à la diversité infinie des opinions, et mettaient en péril l’unité de la foi. Luther le pressentait déjà, et exprimait ses craintes à ce sujet dans une lettre curieuse, que cite l’auteur. Le protestantisme ne se fait pas moins illusion, s’il croit pouvoir concilier le christianisme avec la culture moderne. Le catholicisme, plus logique, s’est toujours gardé d’entreprendre une œuvre aussi chimérique. N’a-t-il pas récemment, dans le syllabus, déclaré bravement la guerre et lancé l’anathème à la culture moderne.

C’est qu’en effet il y a incompatibilité absolue entre le christianisme et la science. Les exigences de l’esprit scientifique sont entièrement étrangères à l’esprit religieux, qui se complaît dans l’incompréhensible, dans la contradiction , qui considère le besoin de la démonstration comme la marque d’une foi hésitante, et craint de voir s’éteindre sous le souffle glacé de l’abstraction la chaleur de la vie extérieure. « La religion, en tant qu’elle est un sentiment sûr de lui-même et que ne trouble aucun scrupule scientifique, a la capacité de digérer,

    M. le docteur Bosc, 1865. — Des premières transformations historiques du christianisme, par Athanase Coquerel fils, 1866.