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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/199

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de son genre novateur qui n’a pas porté au sein du protestantisme, un trouble moins grand, que l’ouvrage capital par lequel le même auteur signalait ses débuts en 1835, la Vie de Jésus. À cette question, audacieusement posée : les protestants libéraux sont-ils encore chrétiens ? le livre de l’Ancienne et de la. nouvelle foi (der alte und der neue Glaube. Leipzig, 1872), répondait sans hésiter par la négative, et concluait à la nécessité d’une foi nouvelle, fondée sur le culte de la nature, de la matière éternelle, sur la glorification d’une sorte de naturalisme à la Lucrèce.

Voici qu’un autre combattant, moins ancien dans les luttes de la libre pensée et de la foi chrétienne , mais dont le renom a devancé les années et dont l’ouvrage capital, la Philosophie de l’ inconscient, vient en quelques années d’atteindre à sa septième édition ; voici que le plus célèbre des représentants actuels du panthéisme allemand, M. Édouard de Hartmann, entre à son tour dans la lice ; et, avec la franchise parfois brutale de son libre génie, rassemble et résume dans une sorte de réquisitoire, d’un bout à l’autre animé par une dialectique passionnée et soutenu par un savoir étendu, les arguments qui condamnent à l’impuissance les tentatives religieuses des protestants libéraux. M. de Hartmann ne recommence pas la tâche que M. Draper s’est proposée et a remplie avec tant de succès dans son livre sur les Conflits de la science et de la religion (chez Germer-Baillière, 3e édit. 1875). Tandis que M. Draper étudie surtout les conflits de la religion du syllabus et ceux de la science moderne, M. de Hartmann s’attache à démontrer l’opposition irréconciliable de la pensée moderne et du christianisme, sous quelque forme qu’il se présente. Considérant la démonstration comme faite en ce qui regarde, non-seulement le catholicisme romain, mais même le protestantisme orthodoxe, il s’applique surtout, comme Strauss, à mettre en lumière l’antagonisme profond du protestantisme libéral et de l’esprit du siècle.

Cette vigoureuse attaque, qui a ranimé les passions allumées déjà par le dernier livre de Strauss, a provoqué de nombreuses ripostes. Bornons-nous à signaler celle de l’auteur des Lettres de Janus et de l’Histoire des Jésuites, le professeur de théologie catholique de l’Université de Munich, M. Johannes Huber. Le public français ne saurait demeurer indifférent à ce débat. La cause, à laquelle de généreux et savants esprits, les Reuss, les Colani, les Michel Nicolas, les Réville, les Pressensé, les Bosc, les Athanase Coquerel, ont depuis nombre d’années, consacré tout l’effort de leurs prédications et de leurs écrits, se trouve directement menacée par la polémique de M. de Hartmann. Il faut relire, comme nous l’avons fait nous-mêmes, les opuscules, si modestes par leurs dimensions, mais si pleins d’éloquence émue, de savoir solide, et de bonne foi communicative, qui ont été publiés de 1865 à 1869 par MM. Bosc, Coquerel et Réville[1], depuis la récente évolu-

  1. Histoire du dogme de la divinité de Jésus-Christ, par Réville, 1869, dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine. — Le protestantisme libéral, par