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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/171

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garisme avec de l’eau froide longtemps continué produisait une saveur douce. « L’excitation électrique, continue Müller, peut donner un second exemple d’une cause uniforme produisant dans les différents nerfs des sensations différentes. Un seul couple de piles, disposé de façon à enfermer l’œil dans le circuit, produit la sensation d’une étincelle lumineuse. Dans l’organe de l’ouïe, l’électricité donne lieu à des sensations de son. Volta constata que pendant que ses oreilles étaient comprises entre les pôles d’une batterie de quarante éléments, il entendait des sifflements qui continuaient aussi longtemps que le courant était fermé. Ritter percevait un son semblable à celui d’un sol de violon, au moment de la fermeture du courant. Des frictions électriques produisent dans les nerfs olfactifs l’odeur de phosphore. L’application sur la langue de plaques formées de métaux différents, donne lieu à un goût acide ou salin, suivant la largeur des plaques dont l’une est appliquée au-dessus de la langue et l’autre au-dessous. Les effets de l’électricité sur les nerfs de la sensibilité commune ne sont ni la sensation de lumière, ni celle de son, de saveur ou d’odeur, mais les sensations propres aux nerfs du sentiment, à savoir des sensations de piqûres, etc.

« La sensation consiste dans la réception par le moyen des nerfs d’une connaissance de certaines qualités ou conditions, non des corps extérieurs, mais des nerfs des sens eux-mêmes ; et ces qualités des nerfs des sens sont toutes différentes les unes des autres, les nerfs de chaque sens ayant chacun leur énergie et leur qualité particulière.

La susceptibilité spéciale des différents nerfs des sens pour certaines influences, telle que celle du nerf optique pour la lumière, ou celle des nerfs auditifs pour les vibrations, etc., a été jadis attribuée à une irritabilité spécifique de chacun de ces nerfs. Mais cette hypothèse est évidemment insuffisante pour expliquer tous les faits. Les nerfs des sens ont assurément une irritabilité spécifique, sous certaines influences ; beaucoup de stimulus qui ont une action énergique sur un sens, n’en ont qu’une faible, ou n’en ont pas sur un autre. Les stimulus extrêmes doivent donc être adaptés aux organes des sens ; ils doivent être « homogènes ». Nous avons su cependant qu’un seul et même stimulus produit différentes sensations dans les différents nerfs des sens. Tous les nerfs sont susceptibles de subir son action, mais les sensations sont toutes différentes. L’hypothèse de l’irritabilité spécifique des nerfs pour certaines excitations est par conséquent insuffisante ; et nous sommes forcés d’attribuer, avec Aristote, des énergies particulières à chaque nerf — énergies qui sont les propriétés vitales du nerf, comme la contractibilité est la propriété vitale du muscle.