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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/159

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questions et à examiner les solutions diverses qui leur ont été données. Il espère ainsi utiliser les résultats obtenus et les faire servir à des acquisitions nouvelles, profiter des erreurs même de ses devanciers comme des vérités qu’ils ont pu découvrir. Alors commence pour la science une ère nouvelle. Cette époque qui est celle que nous avons sous les yeux est loin d’être, comme on croit, stérile et stationnaire. L’esprit humain d’ailleurs y est occupé à réparer et à retremper ses forces. En tout cas, il met sa tâche principale à consulter toutes les opinions et à les juger. Telle est la situation de la philosophie en Europe, en Allemagne aussi bien qu’en France et dans les autres pays. Or, ce qui est arrivé de la science en général et de chacune des sciences philosophiques, de la psychologie, de la logique, de la morale, etc., devait se produire pour la science du beau. Elle aussi, l’esthétique est entrée dans cette phase ; après les théoricien sont venus les critiques et les historiens. Ne pouvant rendre un compte même sommaire des travaux exécutés dans cette direction, nous nous attacherons seulement à caractériser les principaux, ceux qui, à la suite des théories et des systèmes, ont pris pour objet de retracer leur histoire.

Plusieurs histoires de l’esthétique, en effet, ont paru en Allemagne depuis quelques années. Nous n’avons pas à les apprécier en détail dans leurs mérites et leurs défauts, mais à montrer leur tendance, à marquer leur caractère général, l’esprit qui s’y révèle et qui les a inspirées.

Ce caractère, qui leur est commun, c’est que toutes ces histoires, qui ont pour but de nous faire connaître et d’apprécier les théories esthétiques aux temps antérieurs, ne sont pas de véritables histoires. Du moins, aucune n’a été composée dans un but, à proprement parler, historique. Toutes ont pour objet principal de faire servir l’histoire soit à confirmer un système déjà existant, soit à en créer un nouveau. Cela nuit, sans doute, au caractère purement historique de ces productions, mais prouve la vitalité de cette science, qui se croit jeune et l’est en effet, n’est nullement découragée ni sceptique, et ne doute pas de ses progrès futurs. Seulement elle appelle à y concourir un auxiliaire, le passé trop oublié, avec ses tentatives plus ou moins heureuses et ses œuvres fécondes jusque-là sinon trop peu appréciées, non étudiées dans leur suite ou leur ensemble et dans la loi de leur succession.

Tel est le caractère de tous ces travaux historiques soit particuliers, soit généraux, que nous offre l’esthétique allemande. C’est par eux que nous terminerons cette revue critique.

Il a paru en Allemagne depuis Hegel quatre histoires de ce genre,