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la plus générale comme l’essence des choses, Herbart proclama comme telle l’expérience interne la plus simple.

Or, c’est assurément un principe de méthode général dans les sciences que le composé doit être analysé et finalement expliqué par le simple. Mais un deuxième principe également important dit que cette analyse doit comprendre les expériences qu’il s’agit d’expliquer. Et voilà le principe qu’Herbart a violé. Il a analysé l’expérience psychologique, et il a transporté dans le domaine de l’expérience physique l’élément le plus simple qu’il ait obtenu. On pourrait peut-être justifier ce procédé par cette considération que toutes les expériences nous sont transmises uniquement comme expériences internes par l’intermédiaire de notre conscience. Mais dans notre explication des choses, il faut tenir compte de l’expérience interne dans le sens étendu que nous lui attribuons ici. Si cette expérience psychologique, que nous rapportons à notre propre être, et cette expérience physique, que nous faisons dériver de l’influence d’un monde extérieur ne sont toutes deux, prises dans le sens le plus rigoureux, que des parties de l’expérience interne, nous aurons en vérité à compter, dans notre explication des objets physiques, avec la nature de notre conscience qui nous est connue seulement par l’expérience psychologique, mais en vérité nous n’aurons jamais le droit de faire abstraction de l’expérience physique. De même nos recherches psychologiques auront égard en premier lieu à notre expérience psychologique proprement dite. Mais dès qu’elles devront rendre compte du fondement plus profond de cette dernière, elles ne pourront pas de leur côté négliger ce que l’expérience physique nous fait connaître de la nature générale des choses. Ainsi chacune de ces sources de connaissance nous renvoie à l’autre, et dorénavant nous pourrons nous contenter uniquement d’une conception de l’univers qui sera conforme dans ces différentes directions aux données et aux conditions des sciences particulières.


IV


Nous arrivons à la conclusion finale de nos considérations. La science actuelle tend à une conception unitaire de l’univers, dont les différentes parties s’enchaînent ; elle a déjà mis au jour beaucoup de matériaux qui pourront servir à élever cet édifice. Mais aucun des systèmes actuels ne satisfait aux exigences des sciences spéciales, car ils n’ont pas su profiter avec circonspection de cette expérience