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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/667

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périodiques.Giornale napoletano di filosofia

étrangers à la volonté de l’individu, conduirait à une indulgence universelle et désarmerait entièrement la société. Quant au système qui prend pour but l’amélioration du coupable ou son salut moral, on peut lui reprocher, avec Holtzendorff, cette inconséquence de négliger l’amélioration d’une foule de gens qui sont de grands criminels sans avoir porté aucune atteinte directe aux lois de leur pays, et de ne se soucier de leur correction que du jour où ils enfreignent la moindre de ces lois. Sans compter que ce même système fait de l’instruction, de l’éducation, des secours matériels, autant de primes offertes aux actes délictueux. Les principes repoussés par l’auteur ont tous, selon lui, ce défaut commun de supposer admise telle ou telle conception métaphysique ou religieuse : ici, le caractère absolu, surnaturel de la loi morale ; là, la négation de la liberté, l’irresponsabilité du coupable ; ailleurs, l’obligation qui s’imposerait au gouvernement de pourvoir à la moralité, au salut de ses subordonnés. Quant à lui, au lieu de tirer sa théorie de l’examen subjectif de l’individu coupable, il la cherche dans l’examen objectif des conditions d’existence de toute société. Il adopte hautement la maxime : Salua populi suprema lex esto. La peine doit donc se proposer pour but non le mal du coupable (châtiments suggérés par l’idée qu’il faut que le criminel souffre), non pas même essentiellement son bien ; mais le bien de la société. C’est une mesure de préservation, qu’il faut juger d’après son pouvoir défensif, — qui par conséquent irait contre son but si elle exposait le condamné à une démoralisation plus profonde. De ce point de vue le sociologue prend en pitié les interminables controverses des métaphysiciens du droit se précipitant les uns contre les autres dans une mêlée confuse de phrases sonores. Il ne voit dans la question de la peine de mort notamment qu’un problème pratique, où il s’agit de savoir si la pendaison ou la décapitation produisent réellement comme mesures d’intimidation les effets qu’on en attend. Et ainsi de suite pour les autres peines. En principe, ce qu’il faut c’est un châtiment préventif, soit à l’égard du coupable, soit à l’égard de ceux qui pourraient dans l’avenir être tentés de commettre le même crime, soit à l’égard de ceux qui pourraient se laisser entraîner à regarder et à représenter l’acte nuisible comme indifférent ou honorable. (Prévention spéciale, prévention générale ou intimidation, prévention indirecte). La peine qui parait à M. Garofalo le mieux répondre à ce programme en cas d’assassinat est la prison perpétuelle, sous le régime cellulaire. Les aliénistes auront à décider des cas où le coupable exige des soins médicaux. Mais que le coupable soit libre ou non, responsable ou non, ce sera le danger qu’il fait courir à la société qui déterminera son châtiment. Et encore le mot de châtiment, de peine, est insuffisant, en ce qu’il entraîne toujours l’idée d’une souffrance infligée avec indignation. Si le criminel se trouve bien dans la prison ou dans l’exil sur une terre lointaine, tant mieux pour lui ; si le criminel est digne de pitié en raison de ses antécédents d’origine et d’éducation, tant pis ; la société, avant tout obligée de se défendre et de subsister, ne diminuera