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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/651

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analyses, — GŒRING. Ueber die menschliche Freiheit 641

concluons qu’à l’origine la volonté n’a rien de commun avec la conscience ni avec l’intellect, qu’elle est par suite non l’objet d’une connaissance directe et intuitive, mais bien l’objet d’une représentation abstraite (abstracten Vorstellen).

Si la volonté est séparée de l’entendement, elle est au contraire intimement liée au sentiment : elle est la cause, celui-ci est l’effet. Il s’en suit que partout où il y a volonté il y a sentiment, que là où manque la volonté, manque aussi le sentiment, et réciproquement. Toute volonté tend à un changement de l’état actuel, et devient ainsi un motif d’agir. En dehors de la contrainte extérieure, l’homme, primitivement du moins, n’agit que pour obéir à ses penchants, que pour atteindre le plaisir ou fuir la douleur. La volonté se confond donc avec le désir, et « le désir n’a d’autre fin que le bonheur. » (Stuart Mill.) t Trouver une <t chose désirable, c’est la même chose que la trouver agréable, les deux mots n’expriment qu’un seul et même fait psychologique... La volonté a son origine dans le désir, et par désir il faut entendre à la fois l’aversion pour la douleur, et l’appétition du plaisir. » (Stuart Mill.) Dans sa thèse snr Y hérédité. Ribot s’exprime non moins clairement sur ce sujet (p. 96) : « Tout phénomène sensible repose sur le désir. « Si nous éprouvons du plaisir et de la douleur, c’est parce qu’en nous résident des inclinations, qui sont satisfaites ou contrariées. Quand nous ressentons de la joie ou de la souffrance, nous voulons garder l’une, rejeter l’autre, mais ce désir conscient n’est que le développement de la tendance originelle et inconsciente. » Dans ces affirmations de Mill et de Ribot est implicitement contenu que la volonté et l’égoïsme sont une seule et même chose. Concluons donc qu’en soi la volonté est égoïste et qu’elle est absolument indépendante de la conscience et de l’entendement.

Le rapport naturel et originel entre l’entendement et la volonté est entièrement opposé à celui que se propose de réaliser l’éducation : l’entendement est entièrement soumis à la volonté. Pour vivre, l’enfant doit satisfaire régulièrement des besoins qui se renouvellent fréquem- ment et qui dominent toute sa vie intellectuelle. Des objets extérieurs, ceux qui sont liés à la satisfaction de sa volonté sont les plus fréquemment perçus et donnent naissance aux associations les plus faciles. C’est à eux seuls qu’il s’intéresse, et quand il perçoit quelque objet nouveau, il s’inquiète seulement de savoir s’ils peuvent contribuer à la satisfaction de ses désirs. Ainsi la connaissance est d’abord soumise à la domination de la volonté égoïste, et chez la plupart des hommes, cette sujétion de la pensée dure toute la vie. Les effets de cette habi- tude sont faciles à reconnaître : le plus souvent, on ne s’intéresse à la connaissance des objets qu’autant qu’ils peuvent servir à l’apaisement des désirs matériels, on ne les étudie pas dans leur nature et dans leur essence, mais dans leur rapport avec la volonté.

L’œuvre de l’éducation, c’est de soumettre la volonté à l’entendement. Dans le sujet éclairé, on peut discerner deux sortes de motifs