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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/649

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force dans les sciences de la nature est un exemple particulier d’anthropomorphisme. La force n’est pas connue par l’expérience, il faut l’exclure du domaine de la science pure. « Avec la force, dit Avenarius, tombe la nécessité ; car la force est ce qui contraint, la nécessité est la contrainte. Tout ce que nous savons expérimentalement, c’est que deux phénomènes se suivent; nous ne percevons ni une contrainte, ni une volonté présidant à cette succession. » Plus loin il ajoute : « Quand on parle de nécessité, il faut entendre que toutes les fois que A se présente, B le suit. Ce mot pris exactement exprime un degré déterminé de vraisemblance, la mesure dans laquelle on peut attendre et on a le droit d’attendre une conséquence. Cette conviction repose « sur l’expérience, car d’une part B suit toujours A, d’autre part, A n’est jamais présent sans B. » C’est la confusion de la pensée et de l’être qui fait qu’on parle de nécessité, quand il ne devrait être question que de possibilité et que de probabilité. On prend la nécessité subjective d’attendre tel fait après tel autre fait pour une nécessité objective, qui unit les deux faits dans le monde réel. Le résultat de cette recherche, c’est que la nécessité n’existe pas en dehors de l’homme, c’est qu’elle ne peut exercer sur l’homme aucune contrainte extérieure. Le matérialisme moderne en est resté, sur les questions relatives à l’homme, à l’explication (Begreifen) naïve par l’a priori. Autrefois on objectivait les représentations et les pensées humaines, et on expliquait le monde dans son ensemble ex analogià hominis. La manière d’expliquer est restée la même, seulement, dans le cours des siècles, le rapport du connu et de l’inconnu a été renversé. Au commencement on connaissait surtout l’homme, et on expliquait par lui la nature encore inconnue. Aujourd’hui c’est surtout la nature qui est connue, et on prétend retrouver partout la nature dans l’homme, sans tenir aucun compte des différences. C’est une nouvelle manière d’identifier la pensée et l’être : dans le principe, c’est l’être qui est conçu par analogie avec la pensée, aujourd’hui c’est la pensée qui est conçue par analogie avec l’être. La nécessité, exclue du monde extérieur, n’est pas, par là même, chassée du domaine purement subjectif de la pensée et de la volonté, et il y a lieu de se poser la question de la liberté du vouloir.

Indèterminisme et déterminisme. — Dans ce chapitre, l’auteur expose tour à tour et oppose les unes aux autres les opinions des défenseurs et des adversaires de la liberté. Saint Augustin, Descartes, Fichte, Jacobi, Ulrici, Baumann et bien d’autres soutiennent que l’intuition de la liberté par la conscience en est une démonstration suffisante. Mais des philosophes considérables, Spinoza, Leibniz, Bayle, Hume, Bardili, Herbart, Schopenhauer, expliquent comme une illusion subjective cette connaissance qu’on prétend si claire, cette conviction qu’on prétend invincible. L’examen de ces arguments qui se détruisent les uns par les autres amène l’auteur à conclure que la. conscience naïve de la liberté ne prouve rien et ne peut servir à la solution du problème.