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Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, IV.djvu/626

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par des corps semblables, soumis à des influences semblables ; on ne peut pas attribuer le sens commun aux corps inorganiques, puisque les corps inorganiques ne sont pas doués de conscience et que le sens commun est une collection de faits de conscience, mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a analogie entre les réactions objectives correspondant aux sentiments subjectifs qui forment le sens commun chez les êtres conscients et les réactions effectuées par des corps inorganiques semblables soumis aux mêmes influences.

La première apparition du sens commun date sans aucun doute de l’instant où deux organismes conscients existèrent ensemble sur la terre. Tous les êtres conscients, en effet, ont entre eux des ressemblances morphologiques et physiologiques, ils ont tous un système nerveux, un appareil digestif, etc. Tous sont sensibles, tous ont besoin de nourriture, etc. Il est logique de conclure de ces ressemblances morphologiques et physiologiques présentées par les êtres conscients à des ressemblances dans les phénomènes mentaux présentés par ces mêmes êtres ; ces ressemblances constituent le sens commun.

Quand il commença à paraître, le sens commun était évidemment très-peu complexe, la collection de sentiments qui le composaient n’était pas encore bien riche ; mais, à mesure que les organismes se perfectionnèrent, de nouveaux sens, de nouvelles facultés apparurent, de nouveaux besoins s’ajoutèrent aux autres, les sentiments furent plus nombreux, les sentiments communs à plusieurs êtres furent par suite plus nombreux aussi, et le sens commun devint de plus en plus riche, au moins chez les animaux les plus perfectionnés. Il est à remarquer que chaque nouvelle espèce qui se formait avec de nouveaux caractères qui n’appartenaient qu’à elle, devait avoir aussi de nouveaux besoins, de nouveaux sentiments ; par suite, une nouvelle forme de sens commun.

Il y aura donc différents sens communs, chaque espèce ayant son sens commun particulier. Mais dans une même espèce, au moins dans les plus élevées, nous trouvons encore plusieurs formes de sens commun ; examinons par exemple ce qui se passe dans l’espèce humaine. Un homme quelconque a un grand nombre de sentiments ou d’idées. De ces sentiments et de ces idées, quelques-uns sont à lui seul, les autres lui sont communs avec les gens qui vivent près de lui, qui sont soumis aux mêmes conditions d’existence, qui font partie de la même famille, qui exercent la même profession. — Un certain nombre des idées qui sont communes à ces individus n’appartiennent qu’à eux seuls, d’autres leur sont communes avec les individus dont la manière de vivre se rapproche le plus de la leur, avec leurs com